MÉMOIRE DU GONm : les interviews du 50° anniversaire

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DEBOUT Claire
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MÉMOIRE DU GONm : les interviews du 50° anniversaire

Message par DEBOUT Claire »

J'ouvre aujourd'hui ce nouveau fil de discussion où seront mis en ligne progressivement les interviews des personnes actives de l'association.
Comme présenté page 8 du livret du 50° anniversaire du GONm que vous avez récemment reçu, le troisième volet de l’opération « la mémoire du GONm » est lancé !

Déjà, huit adhérents m’ont consacré un peu de leur temps pour évoquer leurs débuts en ornithologie, leurs coups de cœur, leurs premiers contacts avec le GONm et la façon dont ils l’ont connu. Je les en remercie vivement.
Ils ont parlé de leur meilleur souvenir ornithologique, de leur oiseau préféré ou milieu préféré, de la façon de participer à la vie du GONm passée, actuelle, de leur implication aux enquêtes, aux stages, à l’envoi de données dirigées vers la base et aussi pour certains de leur implication dans la gestion administrative de l’association. Ils se sont rappelés de bons souvenirs ou des anecdotes marquantes avec des ornithologues locaux ou plus éloignés, les personnes qu’ils ont admirées. Ils m’ont fait part de leurs réflexions sur les nouvelles pratiques de l’ornithologie, de plus en plus numérique et avec de nouveaux modes de transmission des données, ….
Les entrevues ont duré entre une et trois heures et les interviewés après relecture et corrections ont validé la publication de leurs souvenirs en ligne sur le site.

Vous pourrez progressivement au cours de l’année découvrir ainsi des personnalités marquantes qui ont œuvré à la renommée et au poids, en particulier scientifique de l’association. Il n’y a pas d’ordre, cela dépend de la disponibilité de chacun et de la vitesse de retour des interviews corrigées.
Claire DEBOUT
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DEBOUT Claire
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1- Mémoire du GONm ; les interviews du 50° anniversaire : Alain Chartier

Message par DEBOUT Claire »

21 juin 2018, baguage de cigogne noire dans l'Orne
21 juin 2018, baguage de cigogne noire dans l'Orne
Je suis né en 1949 dans l’Orléanais et lorsque j’avais 5-6 ans je suivais mon père, qui, à l’époque, avait le temps d’aller à la pêche, et j’ai pris goût à l’observation de la nature. Il s’intéressait aussi à la botanique et aux champignons et j’ai donc arpenté avec lui les bois et les champs. Dès l’âge de 10 ans je me constituais des fichiers sur la nature, le plus souvent à thème comme les félins, batraciens et autres.

Les épisodes hivernaux de 1956-57 et de 1963 très froids, m’ont profondément marqué lors de mes balades en bord de Loire où les embâcles frappaient les piles du pont George V à Orléans, tandis que des troupes d’oies, cygnes, mouettes et canards survolaient le pont.
Néanmoins, mes premières observations purement ornithologiques ont débuté dans le Berry, chez ma grand-mère à Sury-es-bois, à quelques dizaines de kilomètre de Sancerre, alors que je passais beaucoup de temps à faire du vélo. Un jeune, habitué à dénicher les oiseaux, m’avait montré mes premiers nids de faucon crécerelle, corneille, … alors que je devais avoir une douzaine d’année.

Mais c’est au milieu des années 1960-70, que tout s’est précipité : Le livre « les rapaces diurnes et nocturnes d’Europe » de Paul Géroudet exposé dans la vitrine de la librairie située à l’époque à l’angle de la rue Jeanne d’Arc et de la rue Royale à Orléans, a été un facteur majeur dans ma passion pour la faune : le dessin de ce gypaète barbu en couverture m’a aussitôt fasciné et poussé à en savoir plus : je demandais de suite à consulter le livre et n’avait ensuite de cesse à attendre mon argent de poche pour pouvoir l’acheter. Je l’ai littéralement dévoré, le lisant et le relisant. Autre achat majeur à la même période : le Peterson 2ème édition, épluché lui aussi avec passion.

Tout s’est emballé ensuite : en 1965, adhésion aux naturalistes orléanais où je rencontrai François Larigauderie, bagueur émérite, qui m’initia au baguage des oiseaux dès cette période : du coup, je côtoyais des naturalistes venus de toute la France lors des stages de baguage, devenu ami avec certains d’entre eux, et parmi eux, Alain Perthuis avec qui l’amitié a perduré, tandis que je perdais de vue beaucoup d’autres, abandonnant ou pas cette activité. Mais, plus encore que le baguage, c’est l’observation qui me passionnait.
Vite, très vite, je me mis à faire des suivis des étangs de Sologne, des colonies d’hirondelles de rivage des bords de Loire, des sternes des îles de la Loire, des limicoles, des vanneaux, des mouettes ; je participais aussi au BIROE dans la vallée de la Loire et en Sologne…

Dès 1969, je m’abonnais à Nos oiseaux (Société romande pour l’étude et la protection des oiseaux), l’année suivante j’adhérais à la Société Ornithologique de France (qui éditait L’Oiseau et la Revue Française d’Ornithologie) et à la Société d’Étude Ornithologique (qui éditait Alauda), à la Société Nationale de Protection de la Nature (qui éditait le Courrier de la Nature et La Terre et la Vie).

Je devenais bagueur en 1971 à mon retour du service militaire à Saarburg en Allemagne durant lequel j’ai observé mes premiers eiders à duvet sur le Rhin, lors d’une permission qui m’avait permis de retrouver Alain Perthuis, alors qu’il était dans sa garnison à Trèves.

Entre 1970 et 1975 et en fonction de mes différents lieux d’habitation, je participais au Premier atlas national en récoltant des indices dans 3 « régions » : Centre Orléanais, Midi-Pyrénées-Languedoc, Normandie.
Dans la région toulousaine, si en 1972 mes premières activités ont été de parcourir la région en tous sens dans le but d’observer de nouvelles espèces tout en participant à l’atlas national, ma rencontre avec Gilbert Affre (président de l’AROMP, association régionale ornithologique Midi-Pyrénées) en 1973, sous-directeur de l’école nationale des ingénieurs de construction aéronautique de Toulouse, a été déterminante dans mon investissement dans la recherche active des aigles des Corbières avec la découverte de 12 nids d’aigles royaux et 3 de Bonelli, de quelques sites de nidification du grand-duc, des sites d’hivernage de tichodromes et d’accenteurs alpins. C’est à cette époque que j’ai pris goût à la recherche ciblée et approfondie plutôt que papillonner à accumuler des coches.

Reçu au concours national des géomètres du cadastre, j’arrive en Normandie à Caen en 1973 pour y effectuer un stage. Dès mon arrivée, j’ai cherché à contacter Bernard Braillon qui, en page 15 du manuel technique du bagueur « le baguage des oiseaux » du CRMMO (Centre de Recherches sur les Migrations des Mammifères et des Oiseaux), était indiqué comme chef du centre régional de baguage de Basse-Normandie, mais en fait, en avait démissionné entre temps. Il était professeur à l’Université de Caen (professeur de Physique – Chimie), j’arrivais à son bureau, mais trouvais une porte close bardée d’inscription diverses « Braillon(s) sans commentaire » et autres épithètes plus ou moins aimables ou franchement drôles … Un collaborateur m’indique la porte de Jean Duchon, ingénieur de Physique nucléaire, secrétaire du Groupe Ornithologique Normand. J’y vais immédiatement et tombe sur une charmante secrétaire, … qui deviendra ma femme, Nita pour les intimes. Je ne rencontrerai Bernard Braillon, Jean Duchon et Michel Saussey (chef de centre par intérim) que les jours suivants.
Ma voie au sein du GONm était tracée …. Et ma participation aux divers atlas nationaux et régionaux, RSS, baguage a donc débuté en 1973 en Normandie et perdure à ce jour.

Dans les premières semaines de mon arrivée en Normandie, mes observations me conduisent à la découverte de la nidification de la fauvette pitchou en 1973 sur le Mont-Pinson/ le Plessis-Grimout, puis à Jurques ; Bernard Braillon s’est empressé d’aller constater dans les jours qui ont suivi, cette nidification qu’il avait accueillie par un « vous croyez ? » dubitatif mais classique de sa part, d’autres jeunes ornithologues normands en feront l’expérience. Il m’a alors d’emblée considéré digne d’intérêt et sa confiance était acquise.
L’épisode suivant montre à quel point il fallait obtenir cette confiance. En 1974, Bernard Braillon me donne rendez-vous dans la région d’Iraty (Pyrénées-Atlantiques) pour me faire découvrir le pic à dos blanc et observer un des nids de percnoptère qu’il suivait. En fin de matinée, il me dit : il y a 3 jeunes de la fac de Caen qui viennent dans la région, ils ont l’air bien mais je me méfie, je vais les envoyer sur un site où ils verront un percnoptère en vol. Pendant ce temps-là, nous irons à un nid de gypaète barbu. C’est comme cela que j’ai croisé pour la première fois, mais très peu de temps, Gérard Debout, Bruno Lang et Christian Courteille. Nous nous retrouverons à Caen, quelque temps plus tard.

Dès les années 1980, je pris alors plusieurs responsabilités évoquées ci-dessous :
Mon activité administrative au GONm a réellement débuté en 1982 en rentrant au CA en tant que représentant du Centre régional de baguage de Normandie (je fus délégué régional du Centre de 1982 à 2005), et j’entrai aussi comme membre du bureau, cela fait 41 ans. J’occupe la fonction de Vice-président de 2006 à 2022.
Simultanément, je devins PQPN (personne qualifiée dans la protection de la nature) dans le cadre des remembrements durant 3 ans mais, j’abandonnais face à l’absence d’effet positif car il aurait fallu pour arriver à quelques avancées positives passer du temps dans les bars avec les exploitants, dixit le géomètre expert du cabinet Bizet, et à l’issue des remembrements où je suis intervenu, le résultat était tellement désastreux que, constatant mon inefficacité, je ne voulais plus « cautionner » la destruction du bocage.
Représentant scientifique dans la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage du Calvados destinée, entre autres, à définir les périodes de chasse au gibier d’eau (Bruno Lang était le représentant du GONm) : ces commissions m’ont beaucoup pesé et ce fut difficile ! Je culpabilisais de n’aboutir à rien alors que nos arguments étaient de bon sens, d’où des insomnies avant et après chacune d’elles. La présentation de la courbe concernant la durée de port de bague des anatidés (quelques jours pour certains d’entre eux, principalement la sarcelle d’hiver), avait fait mouche auprès de la préfecture, mais avait fortement déplu aux représentants des chasseurs. Cet épisode a abouti à mon exclusion de cette commission par le préfet au bout de 3 ou 4 ans suite à l’intervention des représentants des chasseurs qui ont découvert que je n’avais pas de diplôme universitaire. Cela n’a rien changé, car, si au départ, nous pensions qu’avec de la pédagogie nous arriverions à infléchir la tendance, nous avons mis quelques années à comprendre que la cohésion des représentants des chasseurs empêcherait toute avancée. Par contre, certains chasseurs, en aparté, reconnaissaient que nous avions raison. Tout comme le préfet que nous avions rencontré à l’époque mais qui nous a fait comprendre qu’entre certains chasseurs prêts à tout casser et nous, il n’avait pas le choix : la paix sociale avant tout. Ce fut donc un soulagement de me retrouver exclu, même si la raison invoquée m’avait laissé un goût amer.

Beaucoup plus positives dans les années 1990 : les réunions préalables pour la mise en place du PNR des marais du Cotentin et du Bessin : nous y étions écoutés et on percevait facilement les avancées, sans parler des repas conviviaux auxquels le sénateur Legrand nous conviait.
Mon employeur consentant à m’octroyer des autorisations d’absence, J’ai participé à diverses instances préfectorales, et j’ai représenté le GONm au sein de divers comités consultatifs, comités de pilotage, … et je suis encore là ce jour pour certains d’entre eux.
Mes activités de protection furent nombreuses pendant ces mêmes années : mon premier fait d’armes fut une « engueulade » avec des chasseurs tirant du haut du pont George V à Orléans sur des canards en contre bas alors qu’il gelait à pierre fendre, c’était dans les années 1970 où j’étais assez « mordant », n’hésitant pas à faire intervenir les gardes fédéraux lorsque je découvrais des chouettes et des busards des roseaux cloués sur les portes d’une bâtisse en Sologne, lorsqu’une espèce protégée était tirée entre autres sur le littoral de Ver-Meuvaines dans le Calvados. Il faut dire que mon physique devait surprendre … à moins que ce soit ma promptitude à réagir ! Ceci dit, les grands gabarits ne sont pas forcément les plus impressionnants. Je me souviens d’une montée malencontreuse sur la butte de la propriété de Monsieur Hettier de Boislambert (devenu depuis la RNN de Beauguillot), lorsque celui-ci nous vit, et de sa réaction. Nous avons compris (Gérard et moi), ce qu’est un petit homme déterminé. On comprend pourquoi et comment il a pu rejoindre De Gaulle, tenter d’investir le Sénégal pour qu’il se rallie à la France, être emprisonné, s’évader dans des actions plus rocambolesques les unes que les autres.

Je ne peux pas passer sous silence mes interventions auprès des administrations compétentes pour faire cesser le scandale orchestré par le maire et néanmoins notaire Jacques Ronnaux-Baron sur le marais de Ver-sur-Mer. Alors qu’un arrêté préfectoral y interdisait le camping-caravaning, ce notaire divisait les parcelles littorales et effectuait des transactions avec autorisation de camper. Les fossés servaient de poubelle. Étant à même de constater que les actes notariés que nous recevions au cadastre étaient illégaux, après diverses péripéties trop longues à évoquer, mes courriers à la DIREN et la préfecture ont abouti à la création d’une zone de préemption par le conservatoire du littoral, tandis que maître Ronnaux-Baron faillit être radié de l’ordre des notaires.

Ma grande fierté : l’acquisition de terrains dans les « marais de Carentan » :
En effet, j’ai initié, contre vents et marées (avec un seul soutien à l’époque, celui de Gérard Debout), l’acquisition de parcelles humides par le GONm. 30 ans ont passé et ma conviction est restée intacte : nous avons eu raison. Je crois même que sans notre réseau de réserves dans son ensemble, le GONm n’aurait pas survécu à l’OPA hostile lancée par la LPO en 2001. Ce réseau est notre force, pas la seule, mais c’est l’une d’elle qui nous a permis de rebondir et de repousser cette OPA avec succès, au grand dam de ceux qui voulaient nous voir disparaître.
La création de ces réserves est pour moi l’activité de protection les plus marquante de ma vie. Je me suis investi sans compter, parfois trop aux dires de ma famille, mais je pense avoir réussi à faire de ces ilots des sites majeurs de la biodiversité en Normandie, même si l’Etat français rechigne actuellement à les considérer comme des aires protégées à protection forte.

Je ne peux pas omettre mon activité de formateur car j’ai encadré de nombreux stagiaires de tous niveaux dans le cadre de leurs études. J’en ai formé au moins 15 que ce soit pour des stages de BTS, ou de licences. Ils ont pu profiter de mon expérience et des études que j’avais en cours lors de leur présence.

Mes recherches ornithologiques :
Plus que tout, c’est la biologie de la reproduction des espèces qui me passionne. J’ai donc étudié successivement la Cisticole de 1977 à 1984 à Ver – Meuvaines, sauf bien sûr lorsqu’elle disparaissait après un épisode rigoureux. Cet oiseau était peu étudié, sauf au Japon, et j’ai mis en évidence sa sensibilité au froid puisqu’elle ne survit pas à trois jours consécutifs sans dégel. Cette découverte, ainsi que les informations obtenues sur sa biologie de reproduction, a été reprise in extenso dans le Handbuch allemand grâce au professeur Isenmann, a fait l’objet d’une conférence au colloque francophone d’ornithologie à Paris et d’une note brève dans la revue Alauda. Conjointement avec Michel Saussey et entourés de toute une équipe de rabatteurs nous avons bagué plus de 500 bécassines des marais sur la prairie de Caen. Lorsque le CRBPO a ajouté certains rapaces à la liste des espèces baguables, je me suis lancé dans le baguage de la buse (151 poussins), du crécerelle (1700 poussins), mais surtout de l’épervier (avec 1088 poussins et plus de 400 nids suivis). Je n’étais pas seul à rechercher les nids et des observateurs comme Michel Phillipot, Olivier Dubourg et Yves Grall m’ont grandement aidé pour parvenir à ces résultats. Peu de temps avant sa disparition Bernard Braillon souhaitait me faire passer un DESS (Diplôme d'études supérieures spécialisées), avec une étude poussée comprenant entre autres le radiotracking des éperviers adultes. Son décès brutal m’a empêché de réaliser cette étude. Néanmoins, de 1983 à 1991, j’ai pu mettre en évidence que cet oiseau forestier était aussi capable de nicher en haie en Normandie ; sa sédentarité remarquable a été mise ainsi en évidence grâce au baguage mais lors de sa réorganisation, le CRBPO (centre de baguage national) a manifestement perdu un certain nombre de contrôles leur étant parvenus !

J’ai suivi avec opiniâtreté toutes les Cigognes de Normandie à partir de 1965 et jusqu’en 2012, baguant 2223 poussins au nid, étudiant les reprises avec parfois de belles surprises comme cette cigogne normande partie nicher aux confins de la Russie ou celle venue mourir en Afrique du Sud. Laissant le suivi de la population haut-normande à la Maison de l’estuaire, puis à Géraud Ranvier dans le courant des années 2000, j’ai restreint ensuite ces opérations de baguage aux marais de Carentan et aux marais de la Dives. À partir de 2013, si j’ai abandonné le baguage, j’ai toutefois continué à suivre l’évolution de la population des cigognes blanches du PNR des marais du Cotentin et du Bessin et l’hivernage de cette espèce sur l’ensemble de la Normandie.

Le baguage des busards Saint-Martin et busards cendré en plaine de Caen m’a occupé de 1990 à 1999, celui des busards des roseaux et busards cendré de 1990 à 2022, suivi commandé par le PNR MCB (Parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin). Dès 1990 (donc bien avant ma retraite) j’ai « occupé » mes vacances à organiser des stages où beaucoup de nids étaient volontairement détruits, des oiseaux transpercés, écrasés… Le contact avec les céréaliers-chasseurs était souvent difficile, parfois périlleux. Ce fut le cas bien des fois, mais aussi très stressant lorsque ma fille, Céline et moi-même avons été obligés de courir à travers champ, poussins de busard Saint-Martin en main, poursuivis par un agriculteur belliqueux au commande de sa moissonneuse batteuse bien décidé à nous faire la peau. En plaine de Caen, c’est avec satisfaction que j’ai constaté que ce suivi a repris avec Benoit Bizet encadrant une équipe efficace.

Mes plus récentes études portent sur le phragmite aquatique Acrola et un nouveau PNA (plan national d’action) courre de 2022 à 2033 sous ma direction ; sur la biologie de reproduction du traquet tarier et de la bergeronnette flavéole toujours dans les marais où leur abondance est remarquable comparée au reste de la France (en 2022 on arrivera au suivi de 100 nids pour les deux espèces), et très récemment, conjointement avec Frédéric Jiguet du Museum d’Histoire Naturelle de Paris, une étude européenne sur la migration du courlis cendré pour découvrir ses lieux d’hivernage, dans mon cas, ceux de nos nicheurs normands.

Toutes ces études doivent aboutir à des publications scientifiques mais mes regrets sont de ne pas avoir assez publié par manque de temps lorsque j’étais en activité, période où j’ai privilégié les suivis sur le terrain. Par exemple, je n’ai pas réalisé une synthèse de mon suivi des cigognes, mais … c’est encore possible, de même pour les busards sur le PNR MCB, suivis depuis 1985 et qui devrait aboutir prochainement à une synthèse conjointement avec Régis Purenne.
Donc, mes objectifs à court-terme sont évidemment de publier sur la biologie de reproduction du traquet tarier, puis de la bergeronnette flavéole et aussi à moyen-terme sur le courlis cendré.

Vous voyez que j’ai eu beaucoup d’intérêt pour des espèces très différentes aussi il est bien difficile de choisir un oiseau préféré, c’est en fait l’espèce que j’étudie à moment précis, donc cela a évolué !
En 1980, j’aurais dit : la (ou le) cisticole des joncs ; en 1990, l’épervier d’Europe ; en 2000 et 2010 évidemment la cigogne blanche et en 2020, le traquet tarier (ou tarier des prés). C’est donc parmi ces espèces qu’il me faut choisir...
Et bien, ce sera le traquet tarier ! Et pour au moins 3 raisons :
  • c’est un oiseau superbe, dont les œufs sont considérés comme les plus beaux d’Europe par le maître de tous les ornithologues des années 1950-70, Paul Géroudet (et je suis entièrement d’accord avec lui),
  • en France, alors que l’espèce est en plein déclin, le PNR des marais du Cotentin et du Bessin est devenu le principal site de plaine et, sur la RNR dont je suis le conservateur, sa densité y est remarquable,
  • et puis, bien que ce ne soit pas le seul migrateur au long cours, je suis toujours admiratif qu’un oiseau de cette si petite taille fasse une telle migration.
Claire DEBOUT
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2 – Mémoire du GONm ; les interviews du 50° : Joëlle RIBOULET

Message par DEBOUT Claire »

16 juin 2017- à l'observatoire de la Grande Noé (Eure) - photo : Gérard debout
16 juin 2017- à l'observatoire de la Grande Noé (Eure) - photo : Gérard debout
Née en 1954, petite citadine de la banlieue rouennaise, j’ai passé mon enfance à Saint-Étienne-du-Rouvray, non loin d’une usine produisant de l’ammoniac et d’une papeterie, à l’époque la papeterie Navarre. Il ne faisait pas bon ouvrir ses fenêtres la nuit. Mon tout nouveau quartier jouxtait la forêt des Essarts. Elle brûlait tous les ans.

Après 1968, nous avons une voiture et allons respirer l’air pur en forêt de Bord, de Lyons, de Brotonne et c’est là que j’ai aimé les arbres et les traces. En seconde au lycée, le programme de biologie comportait de l’écologie et nous allions excursionner en forêt des Essarts. René Dumont, premier candidat écologiste me fascinait, je découvrais l’importance de préserver la planète et je prenais conscience de la nécessité de respecter la nature.

En arrivant à la fac de Caen en 1972, j’avais deux héros : Haroun Tazieff et le commandant Cousteau. J’aimais la géologie et les fossiles. Mes promenades en forêt m’ont d’emblée beaucoup manqué et j’ai mis du temps à m’acclimater au vent.
C’est sur les bancs de la fac que je rencontre François Riboulet et nous allons aux premières réunions du GONm ! A ces réunions nous côtoyons les Bizet, les Lang, les Desvaux, les Debout. Françoise Bizet y fait venir Dominique Benoist et Christiane Hémery, toutes actives à Amnesty International.

Mon apprentissage se fait avec beaucoup de sorties sur le terrain sans guide d’identification et lors des premiers stages de la Pentecôte, stages annuels qui ont perduré de nombreuses années. Je pars à la campagne lorsque François, mon mari ouvre la Maison de la nature à Sallenelles en 1979. Mon plus beau souvenir ornithologique, c’est un superbe voyage en Islande, un plaisir à l’état pur satisfaisant aussi bien mes goûts pour les volcans, pour les contrées désertiques que pour les oiseaux que j’ai pu observer de très près et … cerise sur le gâteau, sans jumelles !

Pouvoir rester plusieurs heures devant la mer pour détailler les couleurs rousses des algues formant des radeaux et au bout d’une heure à l’occasion d’un léger mouvement découvrir la présence d’une femelle d’eider à duvet et finalement constater qu’elles sont des centaines sur ce radeau et tellement mimétiques que je ne les avais pas encore détectées. Quel souvenir !

Simple adhérente, je me suis portée volontaire en 1985 pour seconder Benoit Bizet à la trésorerie, lui-même ayant pris la succession de G. Le Romain et, de trésorière adjointe je lui ai succédé en 1993 quand il a passé la main ; j’étais alors bibliothécaire à la bibliothèque universitaire de Caen depuis 1979 et sans aucune compétence en comptabilité. Grâce à René Chartier, le père d’Alain, expert-comptable à la retraite, je peux présenter des bilans comptables. J’apprends.

L’activité du GONm augmentant régulièrement, la présence de commissaires aux comptes bénévoles comme Robert Renaud, élus par l’Assemblée Générale, devient insuffisante. Car parallèlement, nous avons entamé les démarches visant à obtenir la reconnaissance d’utilité publique, démarches lourdes pour lesquelles je me suis fortement impliquée et qui aboutissent en 1991 après l’avis favorable de la DIREN. Cette reconnaissance nous oblige à un fonctionnement encore plus « réglementaire » particulièrement sur le plan comptable. IL nous faut désormais faire appel aux services d’un expert-comptable. Gérard en tant que membre de l’ARPLI (association régionale de protection du littoral) y rencontre Yvon Corfec. Il le sollicite et c’est ainsi que François Corbel, notre expert actuel dont c’est alors la première mission, prend en charge la vérification de nos comptes et m’initie à un logiciel de gestion comptable. J’apprends à son contact encore beaucoup. Entrer des données dans un logiciel de gestion de données, c’était mon ordinaire. Là, ce sont des données comptables, mais ce qui est intéressant, c’est ce que l’on en fait.

Au début, je m’amuse beaucoup puis au fil des ans, je m’use un peu. Le travail est maintenant allégé car nous avons « externalisé » la saisie comptable. Elle est réalisée par le cabinet CORFEC. Lorsque le budget de l’association a dépassé 150 000 euros, la nécessité d’un commissaire aux comptes s’est faite et nous avons demandé à Éric Douchin de remplir ce rôle.
Mon aventure comptable va devoir prendre fin. Il est plus que temps qu’un adhérent ou une adhérente reprenne le flambeau.

Cela me donnera plus de temps pour reprendre la gestion de la bibliothèque : l’association a acheté plusieurs livres qui sont au local et qui peuvent être consultés par les adhérents curieux ; la gestion des périodiques (nous échangeons Le Cormoran avec environ 100 revues nationales et internationales). Ces périodiques sont déposés à la bibliothèque universitaire. Nous les dépouillons, Claire et moi pour alimenter un fichier Excel en ligne qui permet de faire des recherches par mots-clés dont le lien est ici :
https://docs.google.com/spreadsheets/d/ ... =327615631
et le sommaire de la revue Le Cormoran est ici : https://docs.google.com/spreadsheets/d/ ... edit#gid=0

J’ai gardé des liens avec mes anciennes collègues pour demander des scans d’article, pour faire des expositions.
Je rédige occasionnellement des notes dans le Petit Cormoran pour susciter des lectures, faire état de mes coups de cœur. J’espère que beaucoup d’entre nous vont découvrir Vinciane Despret et lire « Habiter en oiseau ». J’aimerais vous recommander aussi les polars d’Arthur Upfield, auteur australien qui décrit de façon remarquable la nature australienne au travers des enquêtes de l’inspecteur-traqueur, Napoléon Bonaparte. On imagine sans peine les vols d’oiseaux colorés comme le rosalbin, les milliers de canards sortis de nulle part lorsque l’eau réapparait après des mois de sécheresse.

Mais le GONm m’a permis aussi de sortir, sortir de mes lectures, sortir sur le terrain. J’ai appris à me dépasser, à faire le trajet St Vaast-St Marcouf sans être malade, malgré l’odeur de fuel me forçant à regarder obstinément la ligne d’horizon ; Chausey, c’est mon Annapurna. J’ai vaincu ses rochers. Tomber (sans mal) dans les trous de ronces me font dire « après avoir fait Grande Ancre, j’ai grandi ! ». Pas très agile, vous l’aurez compris. Mais mon œil perçant détectant le pétrel-tempête dans le creux des vagues sans jumelles faisait, paraît-il, des envieux lorsque nous rentrions du stage de Pentecôte et qu’un petit vent d’Est rendait la traversée un peu plus piquante qu’à l’habitude.

Je ne cours pas après les coches et je ne prise pas beaucoup les comptages mais je me suis laissé persuader de faire un parcours Tendances près de chez moi dans un parc urbain et j’aime à y rencontrer les enfants ou des classes même s’ils sont parfois un peu bruyants.

Je n’ai pas d’oiseaux « fétiche », ce que j’aime ce sont les ambiances, les atmosphères, les cris des huîtriers, des courlis dans la brume, les cris d’allégresse des goélands par beau temps, les grands vols de limicoles…
J’aimerais aussi que le GONm achète une forêt sur le modèle des actions de l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages) pour la gérer dans le but de conserver la biodiversité ; et j’aimerais un jour aller au Colorado pour rencontrer les ornithologues dont on parle dans une des revues que l’on reçoit : Colorado birds. Il y a deux rubriques qui reviennent régulièrement : « Hungry Birders » à la poursuite des « Hungry Birds » : mélange agréable de gastronomie dans des petits restaurants sur des sites intéressants, ornithologiquement parlant.

Enfin, grâce au GONm, je me suis fait des amis, et pas des moindres, pour la vie !
Claire DEBOUT
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3 - Mémoires du GONm ; les interviews du 50°: Jean-Michel Henry

Message par DEBOUT Claire »

photo Gérard Debout
photo Gérard Debout
MOI
Je suis né en 1954 au Havre.
Première rencontre avec l’oiseau, chez ma grand-mère, j’ai environ trois ans : au réveil un merle noir sur ma fenêtre avec son formidable bec jaune, me regarde (du moins le crois-je). Fasciné et un peu craintif, son envol me libère et me déçoit à la fois.
Entre deux et cinq ans, je passe mon enfance en Bretagne dans la région de Tréguier, entre un bourg où pas grand-chose n’a changé depuis la « guerre de 14 », me semble-t-il, et les ruisseaux et l’étang que je fréquente assez tôt. Je verrai arriver le premier tracteur agricole vers 1966, puis la première moissonneuse batteuse lieuse précédée d’un bulldozer, car les entrées de champs sont trop étroites. Le «bull» poursuivra sa carrière avec l’arasement des talus, suite au remembrement.
Les lundis matins, je suis réveillé par les chevaux qui piaffent, attachés aux anneaux sous la fenêtre de ma chambre. Les paysans livrent les cochons que mon oncle charcutier/salaisonnier a choisis et négociés un par un dans les fermes visitées à bicyclette.
Les paysans cassent-croûte en parlant breton.
Vers cinq ans, l’on m’enlève de ma campagne pour la ville, retour au Havre. J’en garderai de la peine au cœur. Il me faudra trente ans pour de nouveau y vivre.
Toutes mes vacances scolaires se passeront en Bretagne, Pâques, Noël et deux mois et demi de « grandes vacances ».
Aux vacances de Pâques avec les copains, je déniche les oiseaux pour voler les œufs. Merles, grives, pies et corneilles subissent le gros des razzias. Troglodytes et mésanges à longue queue sont l’objet d’un tabou. Pas touche ! J’ai le souvenir des oscillations, de plusieurs mètres, en haut des grands peupliers, sous les rafales de vent pour dénicher les corneilles. Une fois nous étions entrés dans l’église pour dénicher les choucas du clocher. Nous n’avions pas eu le temps d’y monter, le curé nous apercevant nous avaient fait remettre les bancs en place.
L’été je pêche, d’abord des poissons d’enfants, goujons et vairons, et puis des truites.
Le long des routes et chemins que j’emprunte, mon esprit est happé par la végétation diversifiée des bermes et talus. Premières prises de conscience de ce que l’on appellera plus tard biodiversité. Cela me fascine tout encore tout autant, n’en fais toujours rien, sinon grande rêverie.
Arrive l’agriculture chimique et l’élevage intensif des porcs, le premier champ de maïs.
Goujons et vairons disparaitront vers 1963/1964, et la population de truites diminuera.
L’apparition d’un héron est un évènement.
D’un été l’autre, sauterelles et papillons qui devançaient nos pas en grandes gerbes auront disparu. Les grandes concentrations de jeunes grenouilles vertes, qui pullulaient en été dans les prairies humides, disparues aussi. Ce sont mes premières prises de conscience des effets de la pollution. Je me rappelle d’un bide avec les filles en amenant le sujet dans la « converse ».

Vivement la loi de protection de la nature de 1976 que nous devons à un normand Michel d’Ornano, à l‘époque maire de Deauville, président du conseil général du Calvados et ministre de l’environnement de Valéry Giscard d’Estaing. Il initiera la directive européenne 79/409 dite Directive Oiseaux.
Puis vint la vie au Havre, « ville haute », « sur la côte », comme disent les havrais.
Cette vie ne me plait guère, heureusement que je passe quatre mois par an dans le bocage breton. Pays disparu. Un déménagement dans la ville basse me permettra d’écumer quais, digues et littoral avec ma canne à pêche.
En 1979, j’achète des livres en vue d’une hospitalisation à Paris, avec entre autres «Les oiseaux d’Europe d’Afrique du nord et du Moyen Orient » de Heinzel, Fitter et Parslow. De la mésange lapone au cratérope, ou du merle au merle pour 60 francs (le prix est toujours dessus). A l’époque, un trente trois tours de Brassens coûte 33 francs. Je lis dans l’ordre.
J’en suis au faucon crécerelle, je tourne la tête vers la fenêtre et l’oiseau est là, à quelques mètres, qui fait le Saint-Esprit… je n’en tire aucune conclusion mystique.
Le chapitre consacré à l’engoulevent me laisse peu d’espoir de voir l’oiseau. Vie crépusculaire. C’est peu. Je le verrai pourtant en vol et au nid.
Première paire de jumelles, je découvre le marais du Hode.
Whaou … pour y avoir de l’oiseau, y’a de l’oiseau. Toutes formes, toutes couleurs, petites pattes, grandes pattes et mêmes moyennes pattes, des palmées et des petits becs, des moyens becs et des grands becs, et des qui sont plats. Si si ! Je passe les cous… toutes couleurs. Et en plus, argh, ça change de plumage au cours de l’année. Mon guide est toujours en ma possession. Il a servi. Les pages cornées, la tranche noircie, attestent. Les auréoles corroborent. Les pages tiennent encore ensemble. Fermement. Du solide. Le prix s’oublie mais la qualité reste.
Philippe Sabine, un photographe animalier rencontré sur le marais, me parle du GONm à Caen, que des réunions mensuelles se tiennent au Muséum d’histoire naturelle du Havre.
J’écris (avec une vraie enveloppe et un vrai timbre comme disent mes enfants qui ne connaissent que le smartphone) pour obtenir un bulletin d’adhésion.
Je suis à la pêche au brochet dans le Calvados, un porteur de jumelles apparait, décidé, haute stature, menton et moustaches en avant, sûrement un officier de l’armée des Indes en civil.
- Ça mord ?
- Ça observe ?
- Vous connaissez le GONm ?
- Mon bulletin d’adhésion est dans ma voiture ! Sourire…
C’était Didier Desvaux qui comptait les canards ! Je le salue.

LE GONm ET MOI
1985 : je participe, au muséum d’histoire naturelle, aux réunions havraises mensuelles du GONm.
Première AG à Caen, Bruno Lang m’incite à me présenter à la vice-présidence haut-normande que j’occuperai de 1988 à 2003.
Je suis nommé attaché de presse pour promouvoir le GONm, à la suite de quoi j’ai failli finir en prison. Suite à l’un de mes articles hebdomadaires dans le Courrier Cauchois : « Pour la Sainte Catherine, planter des arbustes pour les oiseaux », je reçois dans la semaine un courrier comminatoire de la Direction de la protection des végétaux exigeant un démenti. J’ai promu la plantation de l’aubépine, alors sous le coup d’une interdiction préfectorale de commercialisation, dans le cadre de la lutte contre le feu bactérien. Le courrier est accompagné d’une annexe indiquant amende et peine de prison encourue. J’envoie le démenti exigé.
C’est à cette époque que je commence à essayer de communiquer avec le Port Autonome du Havre (PAH) dans l’idée de créer une nouvelle réserve conventionnée : la surface du marais du Hode se réduisait suite aux travaux d’assèchement du PAH ; une petite réserve existait déjà, co-signée par le PAH et la DRAE de Haute-Normandie ; l’idée est d’en créer une nouvelle, plus vaste.
Cette réserve avait été initiée par René Loret, membre du GONm, pour réguler la coupe de la roselière afin de favoriser la mésange à moustaches. Ping ! Le cri de la mésange à moustaches, c’est ping ! La mésange à moustaches ! J’insiste ! Les ceusses qui utilisaient à l’époque leur énergie pour changer les noms communs des oiseaux ne nous ont pas aidés. Energie étiolée avant de changer le râle des genêts en râle des prés. Ça, ça aurait été vachement utile. Un accent circonflexe de moins à taper. Que celui qui a déjà vu un râle des genêts dans les genêts m’écrive, je m’engage à ne pas publier de démenti.
Bon, chères lectrices et lecteurs, autant l’avouer, pendant plusieurs années je n’arrive à pas grand-chose, si ce n’est me former et nouer des contacts. Le PAH joue l’inertie et j’ai beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, je ne sais que faire d’efficace et de pertinent.
Le pont de Normandie se construit et le choix, pour des raisons financières, d’un terre-plein d’accès au pont au lieu d’une voie d’accès sur pilotis, aura des conséquences catastrophiques sur l’assèchement des roselières.
En 1991, le PAH fait un faux pas en autorisant l’usine de Thann et Mulhouse/Millénium à aménager un dépôt de phosphogypse sur les prairies humides du Hode où niche le râle des genêts. Enfin une erreur du port ! La solution juridique me semble pertinente. Le tribunal administratif tranchera.
J’ai besoin d’une décision collégiale pour avoir le soutien moral et financier du GONm, si cela tourne mal, avant de me lancer dans une telle épreuve de force. Une réunion de bureau du GONm a lieu à mon domicile où j’expose mon projet. Y participaient Gérard Debout, Jean Collette, Bruno Lang et moi.
Suite à notre saisie du Tribunal administratif de Rouen, l’arrêté préfectoral autorisant le dépôt de phosphogypse est cassé. Première victoire ! Quinze jours plus tard, un nouvel arrêté préfectoral est pris, que nous attaquerons. Nous serons déboutés pour vice de forme.
Nous poursuivrons notre action en déposant une plainte auprès de la Commission Européenne.
Bientôt l’ambiance change, et le processus de ce qui mènera à la création de la Réserve naturelle de l’estuaire de Seine s’accélère.

Les temps changent et étonnamment. Avec tout ce battage juridico-médiatique, je reçois un coup de téléphone du 71e régiment de génie basé à Oissel. Ils veulent effectuer des manœuvres dans l’estuaire et me demande d’indiquer les zones à éviter pour ne pas déranger l’avifaune (sic). A moi. C’est moi qui décide. Même pas fait mon service militaire ! Mon commandant par-ci mon lieutenant par-là. Pour mémoire, ça commence en regardant un merle !
A l’époque, les cigognes commencent à s’implanter en Normandie et manquent de reposoirs pour nicher. Ni une ni deux, je demande la participation du 71e régiment de génie pour installer des plates formes à cigognes. Rendez-vous est pris, l’on m’invite à déjeuner avec le commandant de la place pour exposer mon projet. Ainsi fut fait, et je me retrouve accompagné de Franck Morel, à cette époque objecteur de conscience au GONm (on n’a pas ébruité), précédent un convoi militaire dans les marais de Carentan et le marais Vernier pour installer les plates formes sur poteaux.
J’assurerai également le poste de conservateur de la réserve de la Grande Noé, avec Laurent Demongin, autre objecteur de conscience au GONm.

LE GONm REÇOIT LE PREMIER PRIX DES LAURIERS DE L’ENVIRONNEMENT
1993 : le GONm se voit remettre des mains du Ministre de l’environnement Michel Barnier, au Ministère de l’Environnement, le premier prix des Lauriers de l’Environnement. Une semaine après, je fais la une du journal Paris Normandie, très lu à l’époque. Les hebdomadaires nationaux Le Point, l’Express etc… se déplaceront et relaieront la nouvelle avec photos en pages intérieures. Yep, médaille d’or !
Une explication sur la genèse de ce prix :
Une semaine avant les vacances de Noël, la DRAE envoie à toutes les associations environnementales au sens large, un courrier nous demandant de participer au concours national des Lauriers de l’environnement, candidatures et projet devant être impérativement remis à la DRAE dans la première semaine de janvier.
Fatigué par la charge de travail accompli, partant en vacances les jours suivant, je prends contact avec la DRAE.
Mon Ego dans la poche gauche et la Vérité dans la poche droite, je mets le marché en main : le GONm participe au concours, si parole m’est donnée que seul notre projet sera retenu au niveau régional. A moi de bâtir un projet sexy pour franchir les éliminatoires nationales (si si, j’ai dit ça, même pas honte, la Vérité qui s’avance, vous dis-je).
La mode étant au social à l’époque et flairant l’air du temps, je bâtis un projet consistant à éradiquer les saules qui gagnent sur la roselière du Hode, avec l’aide d’une association d’insertion travaillant dans les quartiers populaires de la ville haute du Havre, et avec une classe de primaire de ces mêmes quartiers qui fera une classe verte. Je suis convaincu, à l’époque, que marier le social, l’éducation et l’environnement est une combinaison gagnante.
Etonnant, la plupart des gamins n’avaient jamais vu la mer ni la Seine. Pour mémoire, le Havre est un port de mer !
Début de l’été, Bingo, qui qui gagne ? C’est nous.

Jean Collette et Bruno Lang m’accompagnèrent à la remise du prix au Ministère… que nous avons failli rater, par ma faute… j’avais confondu le Ministère avec l’hôtel particulier abritant les bureaux du ministre… oh la boulette !

DE LA ZPS DE LA PLAINE ALLUVIALE DE L’ESTUAIRE DE SEINE A LA RÉSERVE NATURELLE
Le dossier de plainte du GONm auprès de la Commission Européenne s’appuiera sur la Zone de Protection Spéciale (ZPS) et sur les données ornithologiques du GONm. Je répète, sur les données ornithologiques du GONm et uniquement du GONm, pour souligner l’importance de tous les compteurs d’oiseaux qui envoient leurs observations au GONm…
Les ZPS sont des cartographies des zones d’importance européenne pour les oiseaux, et selon la Directive Oiseaux, elles doivent être classées en Réserve Naturelle, plus haut statut juridique français.
Lorsque le ministère de l’environnement a dû fournir une délimitation des ZPS, il s’est adressé aux DRAE (Direction Régionale de l’Architecture et de l’Environnement). La DRAE de H-N ayant dansé toutes ces années passées se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue, et alla taper non pas chez la fourmi mais chez le GONm son voisin, pour avoir quelques données ornithologiques. S’il vous plait !
C’est ainsi que Bernard Braillon, fondateur du GONm, a demandé à Gérard Debout de répondre à la demande de l’administration de cartographier les ZPS normandes, en disant « ça vaut peut-être le coup » (c’est dire la confiance en l’administration de Bernard Braillon !). Ce fut fait par Gérard Debout.
LES INDUSTRIELS
Au Havre, après notre victoire au tribunal administratif contre l’arrêté préfectoral autorisant un dépôt de phosphogypse dans les prairies humides ou nidifie le râle des genêts et classées en ZPS, les industriels s’inquiètent de l’insécurité juridique ainsi installée. Jean-Pierre Saliou, un copain havrais assureur, photographe animalier et membre du Rotary club, m’organise un repas avec le directeur de l’entreprise avec qui nous menons une guérilla juridique par préfet interposé.
Ce directeur est également président d’une association regroupant l’ensemble des entreprises établies sur la plaine alluviale, et créée pour exister auprès des élus et surtout du Port avec lequel les relations ne sont pas excellentes.
Au début de la rencontre, celui-ci me menace d’une manifestation de l’ensemble de ses salariés devant mon domicile. Suite à l’expression de mon contentement d’être bientôt «connu mondialement dans mon canton» à la suite de cette manifestation, le climat s’apaise et je peux exposer mon projet.
La plaine alluviale de la rive droite de l’estuaire de Seine (marais du Hode) est à l’époque occupée par :
- 2750 ha de ZPS (zone de protection spéciale) enregistrée par l’Union Européenne à la demande de la France.
- une zone portuaire
- une zone industrielle entrecoupée de micro-zones tampons pour la sécurité des industries, micro-zones plus ou moins marécageuses.
L’ensemble est classé Zone Industrialo-Portuaire au plan d’occupation des sols. C’est là qu’est l’os !
Mon plan machiavélique consiste à vendre aux industriels une sécurité juridique : ils soutiennent notre projet de mise en réserve naturelle de la ZPS, et nous nous engageons à ne pas intervenir sur le reste de la zone industrialo-portuaire. C’est le principe mafieux ! Occasionner un climat de peur, et ensuite proposer notre protection (naturellement, je ne voyais pas les choses ainsi à l’époque).
Je sors du repas avec une promesse de réunion entre moi et l’ensemble des industriels. Celle-ci aura bien lieu et j’y obtiendrai l’appui nécessaire.
Ah ah ah, dégâts collatéraux en Haute-Normandie : les financements FEDER (Fond Européen de Développement régional) devant financer les transports en commun (Métro-bus) de l’agglo Rouennaise sont bloqués, dans l’attente de la mise en conformité de la France avec la directive oiseaux dans l’estuaire de Seine.
J’aurai de très nombreux échanges téléphoniques avec Bruxelles pour co-instruire cette plainte auprès de la Commission Européenne, je m’y déplacerai deux fois.
La France sera condamnée par la Cour de Justice du Luxembourg, saisie par la Commission Européenne. Le premier décret de création de la première partie de la réserve naturelle de 2750 ha, jugé insuffisant, ne suffira pas à éviter une condamnation de la France en 1999 par la Cour de Justice du Luxembourg. La France y répondra en 2004 par un nouveau décret portant la superficie à 8528ha, et en augmentant les mesures compensatoires dans le cadre de la création de Port 2000.
Je ne serai pas invité à l’inauguration de la Réserve Naturelle de l’Estuaire de Seine. Je les comprends !
Bon, je rigole vingt ans plus tard, mais c’était un vrai boulot où j’apprenais au jour le jour la façon de faire. Si les données ornithologiques du GONm ont été primordiales pour la création de cette Réserve naturelle, l’appui du GONm pour ce combat juridique l’a été tout autant, ainsi que l’appui quasi journalier (en période tendue) de Gérard Debout lorsque je butais sur le dossier, et de Catherine ma femme, qui a relu avec abnégation l’ensemble de ma prolixe prose.

RESUME FACTUEL, STUPIDE ET RIGOLO
La France demande à l’Europe une directive pour protéger les oiseaux.
La directive voit le jour, la France la signe.
Dans le cadre de la Directive, la France demande au GONm de cartographier les ZPS normandes.
La France ne traduit pas en droit français la directive qu’elle a elle-même initiée et signée.
Le GONm, qui a cartographié les ZPS à la demande de la France, porte plainte devant la Commission Européenne.
La France est condamnée.
La réserve naturelle est créée.
Kafkaïen n’est-il pas ?

ETONNANT

C’est sur proposition de Gérard Debout et dans le cadre des mesures compensatoires de Port 2000, qu’un ilot sera créé dans l’estuaire afin de pallier l’absence de reposoirs non chassés. L’ilot est visible sur les photos prises par Thomas Pesquet depuis la station orbitale. Incroyable, depuis l’espace on voit deux choses, cet ilot et la grande muraille de Chine. Du moins, en gros. Dans les grandes largeurs.

J’ajouterai que travailler au GONm pour la protection des oiseaux a été mon université. Je salue mes maitres, dont certains seront surpris : Gérard Debout, Jean Colette, Joëlle Riboulet, Claire Debout, Bruno Lang et Alain Chartier. Je me souviens combien je sortais revigoré des conseils d’administrations du GONm, ce qui me permettait de continuer à affronter le Port Autonome du Havre et ses « spadassins siccatifs, sots suceurs assassins des spongieux séjours » (La bête Mahousse de Jacques Perret. A lire pour nourrir vos âmes d’enfant).

MON OISEAU PREFERE ?

Sacha Guitry répondant au questionnaire de Proust, avait répondu le perdreau froid. Je répondrai le merle, qui, costume impeccable et coquetterie au bec, anime le jardin toute l’année, et de façon sonore installe la belle saison de son chant posé et réfléchi, en contrepoint à la fougue juvénile de la grive musicienne qui, il faut l’avouer, s’est déjà tapée une bonne partie du boulot. Belle saison qui verra, en septembre, le rougegorge siffler sa fin et installer mélancoliquement l’hiver. Si vous croisez un rougegorge, ne lui dites rien. Il ne le sait pas. Cela le peinerait. Son chant n’en serait que plus triste.
A propos de mélancolie et de chants d’oiseaux, je ne résiste pas à citer Emil Cioran. « Si la mélancolie n’existait pas, les rossignols se mettraient à roter. »
Claire DEBOUT
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4 - Mémoires du GONm ; les interviews du 50° : Jean Collette

Message par DEBOUT Claire »

Photo Gérard Debout
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Jean Collette le 29/09/2012 à Carolles.

Je suis né en 1946 à la campagne, sur les plateaux du Pays d’Auge du sud. C’est à cette époque le pays des mares, pas des ruisseaux ! j’ai toujours aimé les oiseaux et comme souvent à la campagne j’ai collectionné des œufs mais je n’avais pas la veine collection pour amasser. Ces quelques œufs étaient bien protégés dans des boites d’allumettes. J’ai aussi fait une petite collection de plumes et j’ai toujours mes feuilles où elles sont collées et renseignées.

De 1959, j’ai conservé la trace de la cartographie des nids présents sur ma commune de Meulles, commune riche de ses nombreux vergers et mares. J’ai vraiment découvert le plaisir de la cartographie. A l’époque, j’ai pu visiter le musée de Monsieur Brun à Friardel (commune voisine). Il m’a prêté plusieurs revues à lire. A 13 ans, j’étais vraiment fana d’oiseaux et je faisais des observations avec une vieille paire de jumelles donnée par une voisine, veuve de guerre de 14 – 18. Ces jumelles de guerre étaient à écartement fixe ce qui ne facilitait pas vraiment l’observation mais elles m’ont bien servi.

Plus tard, à la fac de sciences de Caen, j’ai rencontré une bande de Brestois, qui m’avaient attiré car ils ne parlaient que … d’oiseaux ! Une fois par semaine (dans les années 1969-1970), nous sortions ensemble en particulier à Chicheboville Les Brestois connaissaient Bernard Braillon (BBr), les frères Fromage, Bazin, Duchon. Braillon m’incita à participer au printemps 1970, à un quadrat au jardin des plantes de Caen. Chargé de la rédaction de la synthèse. Les résultats furent publiés dans la revue du Cormoran, mon premier article...
En 1971, premier poste d’enseignant avec le choix entre Juvigny-le-Tertre et Saint-Pois dans le Sud Manche. Le choix de Juvigny fut guidé par BBr qui connaissait le village, objet d’une publication dans Alauda : étude sur le bocage réalisée par Lucius Trouche, Arlésien nommé là comme percepteur pour quelques mois. J’ai retrouvé dans le Sud Manche mes milieux de prédilection, en particulier le bocage mais il a fallu que je m’accoutume au bocage à talus et aux chemins creux...

Mon adhésion au GONm date donc de 1970, c’était alors un groupe régional d’environ 80 adhérents, nous étions évidemment pratiquement tous présents à l’assemblée générale. A cette époque, je suivais les stages de Mlle Lecourtois et d’Alain Typlot. Je voulais devenir bagueur et je suivis mon premier stage sous la houlette de Etchecopar en sud Mayenne : en plein mois d’août, les oiseaux étaient gris, en mue ; le muséum venait de supprimer beaucoup de programmes et il ne restait que des programmes pour les oiseaux des marais ! je participe à plusieurs stages mais je ne deviens pas bagueur car finalement je trouve l’intérêt maigre. BBr me donne alors quelques bagues et je bague à l’occasion, montant même des filets à l’école le mercredi matin, heureux temps des clubs nature informels.... Dès lors, je remplis les fiches RSS à partir des données notées sur mon cahier, je fais des fiches de nid et deviens un temps responsable du fichier-nid qu’avait « inventé » BBr.

J’ai beaucoup de souvenirs en lien avec le GONm. J’essaie d’en alimenter le fil Archives qui est en ligne sur le forum du GONm : https://forum.gonm.org/viewtopic.php?t=906

Aimant les études sur le long terme, au même endroit, j’ai suivi avec Yves Grall l’étang de Morette, le lac de la Dathée et le lac du Gast, ces deux derniers devenus réserves du GONm. Les relations avec l’administration et / ou les élus ne sont jamais simples comme à Carolles où j’ai beaucoup travaillé de longues années avec Y Grall, où le GONm s’est beaucoup investi et d’où le Conservatoire du littoral nous a évincés. Je m’investis actuellement à fond sur la réserve de Tirepied dont je suis propriétaire et celle des prés de l’Orange de 20 ha, propriété du GONm, pour mieux comprendre la relation des espèces à la haie, à la ripisylve, à l’exploitation agricole...
Le suivi de quadrats fut vraiment pour moi un plaisir personnel important, suivi sur des zones en remembrement avant et après travaux, en tourbière, en forêt comme le bois d’Ardennes, en zone humide, les prés de l’hôpital à Avranches.
J’ai participé à des enquêtes relayées par le GONm comme le BIRS qui deviendra le BIROE puis le WI dans la Manche, les oiseaux échoués dans la Manche, l’enquête Habitat puis Tendances. J’ai également représenté le GONm dans des commissions comme à PEFC, pendant 10 ans, EquuRES de la filière cheval, etc. J’ai participé à Saint-Lô aux CDOA (commission départementale d’orientation agricole) pendant trois ans. J’ai participé à tous les groupes de travail, sans beaucoup de réussite.

Mes rencontres avec des membres de la FDSEA, avec des agriculteurs bio, les réunions pour la révision de Natura 2000 dans la vallée de la Sée m’ont guidé vers l’idée de créer des refuges. En 1996, je lance l’idée : actuellement des conventions pour près de 350 refuges ont été signées dans toute la Normandie.
Présentation des refuges : https://www.gonm.org/index.php?category ... on/Refuges
Le fil de discussion à propos des refuges : https://forum.gonm.org/viewtopic.php?t=571
Sur ces refuges, on conseille les adhérents du GONm et surtout on élargit les préoccupations du GONm à des personnes ou des structures extérieures à l’association qui constituent alors un nouveau public engagé dans la protection ; ces refuges deviennent un outil pour entrer en contact avec des professionnels comme les carriers, les agriculteurs, les gestionnaires de parcs, de haras etc. donc un outil d’ouverture et de diffusion.

J’ai eu plus de réussite avec la commission des carrières, où j’ai pu faire avancer à Saint-Lô la notion de remise en état écologique dans les dossiers présentés par les professionnels. Nous avons maintenant des relations constructives avec la filière. Un peu plus tard, c’est la filière du traitement des déchets qui a fait appel au GONm pour le suivi ornithologique des sites concernés : je me suis investi dans le suivi des centres d’enfouissement de Montebourg d’Isigny-le-Buat, de Cuves.

La vie du GONm est aussi passée pour moi par de nombreuses animations dont l’opération des animations concertées de printemps. Pendant dix ans, aidé par François Gabillard qui participait au montage des plaquettes à distribuer, ce fut un défi passionnant : faire découvrir au public les oiseaux de la ferme, du verger, des parcs etc. sur 10, 20, 50 sites le même week-end en Normandie.

Quelles évolutions pour le GONm ?
Le GONm est une vraie association à but scientifique (études, articles), il me semble important d’entretenir «la technique » pour l’étude des oiseaux, non seulement la reconnaissance des espèces mais aussi l’approche des méthodes d’étude. Les stages de formation et les animations où sont développées les méthodes systématiques telles que les présentent Thierry Granguillot et Didier Desvaux sont donc importantes : si sur 100 adhérents on réussit à en former 25 pour, en plus du plaisir personnel, qu’ils structurent leurs observations pour les intégrer dans des enquêtes, voilà le but important vers lequel il faut se diriger. Et je suis très attaché à la communication : il faut mettre la pression sur le local : radio, presse, ce qui permet de se faire connaître du public et d’éventuels sponsors.
Le fonctionnement d’une grosse association comme le GONm implique un cadre réglementaire, des élections, des comptes-rendus d’activité et financiers, des votes. Mais les bénévoles se sentent un peu éloignés de tout cela. Je souhaiterais que les rapports distribués aux adhérents participant à l’AG soient en fait disponibles en ligne avant l’AG afin de raccourcir les préliminaires aux votes, on gagnerait de temps pour les discussions et les échanges plus ornithologiques.
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5- Mémoires du GONm ; les interviews du 50° : François Riboulet

Message par DEBOUT Claire »

François en vieux loup de mer. Photo E. Riboulet
François en vieux loup de mer. Photo E. Riboulet
Né en 1953, caennais, pur citadin, au départ!
Très jeune, je passe le plus clair de mon temps avec mon grand-père Marius, au jardin. Vers l’âge de 7-8 ans je vais en vacances chez les cousines de mon père en Auvergne. C’est surtout Franck et Marcel (leur mari) qui, connaissant bien les oiseaux, me les font découvrir, le soir en rentrant les vaches ou les moutons, ainsi que les milieux dans lesquels on les voyait : comme la forêt ou les landes à bruyères (champignons, fleurs, arbres etc.).
Dès l’école primaire j’étais considéré comme poète et rêveur. Mon prénom François était prédestiné : Saint François d’Assise parlait aux oiseaux. À ma communion je demande donc en cadeau une paire de jumelles, et non pas le classique vélo. Mais, j’ai quand même eu un vélo “demi-course” peu après pour faire de nombreuses balades le long de la Laize ou en Suisse normande.
Scout “toujours prêt” de 10 à 13 ans, je découvre la nature dans des sorties me menant à Fontaine-Henry pour la découverte des chauves-souris, à Brévands, en baie des Veys, ou encore dans les marais : pour les oiseaux.
À partir de 13 ans, je pars seul en vacances grâce aux billets de train gratuits (mon père travaillait à la SNCF) me permettant parfois d’aller de Caen à Mézidon mais, en faisant le tour de la France. En vacances à Dommes, en Dordogne, je fais la rencontre de spéléologues du club de Carbon-Blanc (banlieue de Bordeaux) : la spéléologie et la paléontologie occupent mes vacances pendant plusieurs années.
Côté scolaire, entre séjours à la ferme et passion de la nature, je me vois bien m’orienter vers la pédologie et l’agriculture avec le rêve de partir en mission en Afrique. Je vais donc au lycée agricole Le Robillard à Saint-Pierre-sur-Dives pour faire un bac D’ : là, je découvre l’écologie de terrain, mais aussi les maths et la philosophie. Après le bac je pensais intégrer l’école ENITA formant les ingénieurs agricoles à Bordeaux mais en l’absence de finances je me « contentais » d’entrer à la faculté de Caen. C’est aussi la découverte de René Dumont (l’Afrique noire est mal partie) qui m’inspire : l’écologie “naturaliste” évolue vers l’écologie militante.
1972 est une année importante : j’obtiens le bac D’, je deviens encore plus “autonome”, je rencontre Franck Duncombe, ornithologue et photographe animalier lors de ses conférences « Connaissance du monde » et je m’intéresse au domaine associatif. Franck Duncombe crée le CREPAN (j’ai failli adhérer) mais surtout, il était administrateur de la réserve des Sept Îles (LPO) et de la réserve de la Camargue (SNPN). C’est un peu plus tard que je m’occuperais de soigner les oiseaux mazoutés chez lui. Mon intérêt pour l’ornithologie et la gestion des milieux naturels se confirme.
Après avoir lu de nombreux livres ayant pour thèmes la nature, mon premier vrai livre ornithologique fut LE “Géroudet” : à partir de 1973, je commence à vraiment “étudier” les oiseaux, à noter mes observations.
À la fac, j’ai fait un peu de tout : de la logique, de l’informatique, de la philosophie, de la biologie, de la génétique, de la géologie… Mais je n’ai jamais obtenu de diplôme, ayant de sales notes et vu ma “rébellion” contre la bêtise (zéro pour un devoir de biologie où je dessine une fleur sur le i de mon nom) et mon activisme politique, sauf en physique où mon “camarade professeur” Maboux était plus compréhensif. Dans ces années 1972 à 74, je passe beaucoup de journées et de nuits à la fac de lettres (siège des mao-spontex) ou à l’amphi Daure (terrain neutre) à “refaire la France”.
Mais je n’oublie pas l’ornithologie qui me sert de prétexte pour draguer les filles : j’emmène Joëlle en week-end en Baie des Veys (en plein mois de novembre si je me rappelle bien, sous tente et en vélo !) ou en balade au pied des falaises de la Pointe du Hoc.

En 1975-76, je pars au service militaire en Moselle : découverte de la forêt vosgienne et de la sécheresse en Beauce (je transporte de la paille en camion pour la mettre dans des trains pour d’autres régions, encore de l’écologie).
Au retour, je retourne à la fac pour étudier la philosophie surtout sociale, le soir, en tant qu’étudiant salarié. J’ai comme professeur de philo sociale, Guy Besse, spécialiste de Jean-Jacques Rousseau, qui a failli me faire partir à Paris au Centre d’études et de recherche marxiste dont il était directeur. Mais… en même temps, j’emménage avec la future trésorière du GONm !…
Début 1977, une amie de ma mère qui travaille à l’ANPE, m’informe d’une annonce d’emploi émise par la MABN (Mission d’aménagement Basse-Normandie/DATAR) : ils recherchent un gardien pour la future réserve ornithologique du Gros Banc à Sallenelles. Les conditions étaient précises : avoir plus de 45 ans, un antécédent soit de policier, soit de militaire, soit de garde-chasse, conditions que je ne remplissais évidemment pas. Mais je plaide bien mon cas auprès de Jérôme Dubourg, directeur-adjoint à la MABN, et il m’embauche sur la base de mes connaissances ornithologiques. Je retrouve Franck Duncombe, président du Syndicat mixte de la baie d’Orne dont le but était de mettre en place une “base de loisirs et de nature” en baie d’Orne au profit des Caennais. Nous réussissons à transformer l’intitulé en base de nature et de loisirs, pour privilégier la protection des oiseaux de la baie mais la motivation est absente : déjà, pas de crédit et donc bricolage, perte de. F. Duncombe qui démissionne et m’emmène avec lui. Je suis embauché à la mairie de Caen pour faire des animations au musée de la nature et dans l’estuaire de l’Orne. Je peux organiser des classes vertes (en camping dans les dunes de Merville-Franceville) où j’accueille entre autres Gérard Debout avec une de ses classes du collège de Dozulé.
C’est aussi en 1977 que je rencontre Bruno Lang, par hasard, dans la rue, qui me “saute dessus” et m’inscris au GONm. Je suis présenté officiellement à Bernard Braillon et je commence par aller aux réunions GONm à la fac. En 1980, B. Braillon m’entraîne aux réunions de constitution du GRAPE, la future fédération régionale des associations de protection de l’environnement et je deviens adjoint de B. Braillon qui prend le poste de trésorier. Marie-Paule Labey est présidente. Je lui succède un peu en catastrophe quand en octobre 1990 elle quitte le GRAPE pour devenir conseil-
lère régionale sans prévenir : il fallait « sauver » la fédération et je deviens président jusqu’en 1993, personne d’autre ne voulant cette charge. Grâce au GONm, le GRAPE survit à cette défection. Dans le même temps, depuis 1978, je suis adhérent du GMN (Groupe mammalogique normand) : comptage de chauves-souris avec Guy Levieils et de mammifères marins avec Jo Poureau.

Mais au GONm, se dessine une nouvelle voie initiée par Jean Collette : il n’y a pas que les oiseaux, ils vivent bien dans un milieu qui souvent est en danger (marais, haies, coteaux calcaires etc.). Toujours en catastrophe, une réunion rassemble quelques membres intéressés par la gestion des milieux, car la création d’un conservatoire de sites naturels est en cours en Haute-Normandie mais pas en Basse-Normandie. Et il faut que cela soit régional. Je prends le taureau par les cornes et, avec Jean Collette et François Radigue, nous déposons les statuts du CFEN en décembre 1993. Le Conservatoire Fédératif des Espaces Naturels de Basse-Normandie est né avec J. Collette (GONm) président, F. Radigue (AFFO) trésorier et moi-même, secrétaire. Comme le GONm est déjà représenté, je m’implique en tant que GMN. Le CFEN va regrouper 13 associations naturalistes ou environnementales. La deuxième année, les cartes sont redistribuées : je deviens président et François Radigue secrétaire. Plusieurs trésoriers se succèdent… et je reste président pendant 20 ans. Mon objectif atteint (création d’une équipe de 25 salariés compétents, 1.000ha protégés), je démissionne de la présidence, tout en restant au Conseil d’Administration.
Finalement, c’est l’ornithologie qui m’a permis de trouver un boulot et le GONm qui m’a apporté la notoriété en particulier dans les années « noires » de 1984 à 1986 où j’ai envahi le musée de la nature à Caen pour organiser un local de nettoyage des oiseaux mazoutés : jusqu’à 650 oiseaux ont été nettoyés en 1984. Appelé le « médecin des oiseaux », j’ai eu droit à une première page de France Soir et un passage à la télé (France 2).
Mes meilleurs souvenirs liés au GONm sont nombreux : pendant environ 10 ans, j’ai participé aux stages à Chausey et j’ai même fait les premières couches de peinture du doris actuel (le bec-Scie), minium orange et coròna (le secret des pêcheurs de Granville). Une mémorable sortie en avion avec Bruno Lang pour compter les macreuses noires sur le littoral augeron : nous n’avons pas compté grand-chose ce jour là. Rédaction de la chronique du groupe F pour le Cormoran. Recherche de sponsors avec des rendez-vous complètement ratés dans la Manche.
Et puis les voyages : j’ai fait le tour de l’Europe grâce à l’ornithologie : Eurosite (association de gestionnaires de sites européens jumelés), proposait des réunions à travers l’Europe. Étant le seul à parler anglais, j’ai géré le jumelage entre l’estuaire de l’Orne et l’estuaire de Beaulieu dans le sud de l’Angleterre pour la Maison de la Nature de Sallenelles. J’y rencontre Peter Schoffield, responsable d’English Nature pour le sud de l’Angleterre, Bob Lord de la RSPB, Freek Swart, conservateur de Terscheling, Jan Mayol, conservateur de S’Albufera.
Coast Watch Europe Network, en tant que délégué national (!!!) du temps où j’étais président du GRAPE ; je me suis retrouvé à faire la promotion du label “gîte panda” en Hongrie, ou à expliquer le rôle du Conservatoire du Littoral en Espagne.
J’ai eu aussi la grande chance de rencontrer Robert Hainard dans le Doubs à l’occasion d’un atelier de dessin dans les rencontres École & Nature : il s’est assis juste à côté de moi et il m’a donné des conseils, ça c’est un souvenir !
Un stage au Québec avec l’office franco-québecois pendant 3 semaines passées à visiter des réserves d’oiseaux avec Anne et Jacky Marin (GONm), Marie-Anne Isler-Béguin (future vice-présidente du Parlement européen)… pendant que Joëlle mettait au monde notre première fille, Éliette.
J’ai également fait la rencontre éphémère de Théodore Monod : traverser la rue à son coté, devant le Muséum, c’est un autre souvenir marquant pour moi !

Mes regrets à l’époque furent d’avoir été un peu trop orienté par B. Braillon vers le côté administratif et ainsi de ne pas avoir plus développé le volet études d’espèces. En baie d’Orne, j’avais commencé à étudier le râle d’eau mais je n’ai pas pu exploiter quelques observations particulières (territoire en couronne pas en cercle). Cela a été néanmoins largement compensé par les nombreuses rencontres que j’ai pu faire dans diverses réunions.
Une déception : participant aux décomptes d’oiseaux échoués entre la baie d’Orne et Cabourg, j’ai, une année, trouvé le cadavre d’une macreuse “bizarre”. Après réflexion et à la fin de mon décompte, j’y suis retourné et j’ai finalement été convaincu que c’était une Macreuse à lunettes. J’ai envoyé le crâne au MNHN de Paris… qui ne m’a jamais répondu !

Maintenant à la retraite, je n’ai toujours pas eu le temps de faire une pause pour par exemple revoir mes amis à travers toute la France et à l’étranger. Trésorier du GMN et actuellement en charge de l’ABC de Cormelles-le-Royal pour le GONm, mon agenda est encore bien rempli. Malgré mes nombreuses activités je suis resté très proche du GONm : mon intérêt pour les oiseaux a toujours été primordial.

Aurais-je un oiseau fétiche ? Non, de belles observations de pies bleues au Portugal, de lagopède alpin en Islande, de bruant fou au Maroc, de carouge à épaulettes au Québec, des grandes outardes en Hongrie, et, plus près : les bruants des neiges en baie d’Orne !
Claire DEBOUT
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6 – Mémoires du GONm ; les interviews du 50° : Christophe Girard

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photo Gérard Debout
photo Gérard Debout
Juin 2018- Christophe en admiration devant un nid de cigogne noire

Né en 1982, j’ai passé mon enfance en lotissement rural et j’ai depuis toujours éprouvé de l’intérêt pour la nature, je faisais du VTT mais je n’avais aucune connaissance naturaliste. Mes parents avaient un voisin qui était président de la société de chasse communale, et il cherchait un garde. Je suis donc arrivé à la nature par le biais de la chasse : vers mes 20 ans j’ai donc passé le permis de chasse et l’agrément de piégeur. Assermenté par le tribunal de police de Mortain en novembre, je démissionnais en mars me rendant compte que je n’étais pas du tout fait pour ça ! Cela m’a permis quand même de rencontrer, toujours en 2002, un agent de l’ONCFS qui s’intéressait particulièrement aux oiseaux et qui m’apporta le livret des 30 ans du GONm et un bulletin d’adhésion. Je suis séduit, donc j’adhère.

Depuis 2000, je travaille à la biscuiterie de Lonlay-l’Abbaye, sur des postes en équipe me laissant des demi-journées libres. Suite à mon adhésion je passe un coup de fil au hasard vers un adhérent assez proche de chez moi : il s’agit de Jean Collette, je ne pouvais trouver mieux ! Il m’invite à assister, en mars 2003, à l’assemblée générale du GONm à l’université de Caen à l’amphithéâtre Alexis de Tocqueville, pour voir le fonctionnement de l’association.
Au cours de l’AG, un adhérent devant moi se retourne pour me demander d’où je venais, il s’agissait de Stéphane Lecoq. Ce dernier m’invita quelques mois plus tard à participer en forêt des Andaines à recenser les engoulevents, ou je fis la rencontre de Stéphane Letissier. J’ai donc eu la chance de tomber sur les bonnes personnes qui m’ont mis le pied à l’étrier, m’ont motivé et formé.
De là, tous les soirs, j’apprenais et écoutais des listes de chants et je me faisais des interros pour savoir si je reconnaissais les chants appris et je commençais à faire beaucoup de terrain. J’ai appris à faire des suivis et des enquêtes simples et dès 2006 je commence à faire des points STOC et l’enquête Tendances. Ces apprentissages m’ont permis de progresser très rapidement, je participe à l’atlas de 2003-2005, le deuxième atlas des oiseaux nicheurs de Normandie.

Mes premières découvertes furent sur le courlis cendré : je trouvais un couple nicheur non connu « des » Stéphane, ce fut une certaine reconnaissance. Je fis progresser les connaissances sur la répartition du moineau friquet dans le Mortainais-Domfrontais qui n’était connu que sur trois communes et je multipliais ce nombre par huit. Malheureusement, cette population n’existe plus aujourd’hui. J’ai aussi observé le retour de la huppe qui progresse bien dans le sud-ouest de la Normandie. Et quel régal d’entendre en juin le chant nocturne pur et cristallin de l’alouette lulu sous un ciel étoilé : c’est même, on peut le dire, romantique.

Au début des années 2010, je rencontre lors du week-end de la migration à Carolles, Matthieu Beaufils qui me fait découvrir « l’ornitho-vélo », méthode très efficace pour le recensement des passereaux (et aussi pour faire de l’activité physique). J’ai donc entrepris en 2012 sur une commune dans l’Orne de près de 3000 ha, un recensement des alouettes, bruants, huppe, traquet et rougequeues, activités que je vais reconduire en 2022. Les points de vue de Matthieu sur les méthodes et sur l’ornithologie en générale m’ont toujours permis de m’ouvrir vers de nouvelles approches. Nous avons en commun, l’intérêt pour le moineau friquet.

Je porte un intérêt pour les suivis sur le long-terme, comme le recensement des nids de corbeaux freux depuis 2005 et celui des hirondelles de fenêtres depuis 2006. J’ai également réalisé en 2006-2007 une série de 100 points d’écoutes sur 10 000 ha, j’envisage de le refaire en 2026-2027. Un peu à l’image de ce qu’avait fait Jean Collette en 1975 et 1995 dans le Mortainais. Parmi les « fils rouges », je visite régulièrement l’étang de Morette, la vallée de l’Egrenne dans l’Orne et celle de la Cance dans la Manche.
Mon intérêt pour les espèces forestières s’éveilla plus tard sous l’égide de Stéphane Lecoq, avec l’autour puis la très discrète et passionnante cigogne noire. En trois ans nous avons avec l’aide d’un agent de l’ONF parcouru des milliers d’hectares et avons découvert un second nid, le premier, découvert en 2010 ayant été abandonné. Cette espèce attire et le dérangement humain est assez néfaste surtout de la part des photographes et curieux ignorants. Un bon souvenir a été le contrôle en fin d’été d’une cigogne noire immature à Chaulieu (50), elle avait été baguée poussin à 50 km à l’ouest de Prague, en Bohème.
Je continue à m’informer en lisant des revues comme Alauda et Ornithos, des sites internet ou je peux télécharger des articles. J’achète également des monographies et atlas. Pour la prise de note sur le terrain de type point d’écoute ou parcours hivernants, je suis plutôt un adepte du « carnet/crayon » qu’une saisie sur un smartphone, qui détourne l’attention.

Je suis très intéressé par les nouvelles approches : notamment avec des pièges photos qui ont le mérite de compenser les lacunes des humains. En plus, je me suis équipé de micros pour rechercher les espèces discrètes. Ces nouvelles techniques ne peuvent que faire progresser les connaissances ornithologiques.
Mon intérêt se porte plus sur l’ornithologie ou la gestion de milieux naturels que sur l’organisation d’animations, cela ne m’empêche pas d’en programmer de manière ponctuelle, conscient, malgré tout de la nécessité d’être visible du grand public.

Les stages dispensés par le GONm ont été pour moi une formation permanente et m’ont apporté beaucoup de plaisir. En 2006, Anne-Marie Vallée me fait découvrir l’Archipel de Chausey ; pourtant peu intéressé par les oiseaux marins, j’y découvre un cadre exceptionnel : les huîtriers-pies bagués, le « bec-scie », ces repas conviviaux, la mer et sa houle… L’occasion également de faire connaissance avec Fabrice Gallien, garde-salarié des lieux. Ce dernier me fit découvrir le Pays de Caux et ses fulmars, dans un environnement tout aussi grandiose. Les opérations de baguage dans les marais de Carentan avec Alain Chartier m’ont permis d’aborder un autre volet de l’ornithologie : le baguage. Je garde notamment en mémoire les stages « ACROLA » et ces ambiances matinales de fin d’été. Je crois que j’ai fait presque tous les stages proposés par l’association mais aussi beaucoup de chantiers à la Dathée avec Stéphane Lecoq dans le but d’améliorer l’accueil de la réserve.

Pour m’impliquer encore plus dans la vie associative, j’ai fait mes classes 5 ans à l’AFFO en tant qu’administrateur et depuis 2013 je représente le GONm au conseil d’administration du Conservatoire d’espaces naturels de Normandie. En 2019, j’intégrais la fonction de vice-président au GONm. Pour me former à ce volet administratif j’avais, sur l’invitation de Gérard Debout, assisté à un certain nombre de conseil d’administration en invité observateur, cela m’a été très utile. J’ai découvert le fonctionnement du GONm, ses forces et ses faiblesses. Depuis 2019, j’ai donc intégré le bureau et maintenant, j’ai quotidiennement plein de mails …
Mes vœux pour l’ornithologie de demain sont d’inciter à faire des stages pour se former, pour attirer des jeunes, pour les inciter à réaliser des études scientifiques. Pour le GONm, inciter à s’investir dans la gestion d’une association et ne pas rester dans une optique de consommateur. Arriver à un renouvellement administratif des personnes actuelles par un investissement fort. Avoir la notion de l’importance des adhérents bénévoles, en lien avec l’équipe des salariés. Pour ma part, je suis satisfait de ce je peux apporter au GONm par mes études et mon engagement autour d’un projet commun.

Je perçois le GONm comme une aventure humaine de 50 ans ou chacun peut, à son échelle et avec ses compétences poursuivre ce chemin visant à préserver notre patrimoine naturel. Que cette aventure perdure grâce aux soutiens de ces adhérents !

En final, mon oiseau préféré est quand même la cigogne noire, j’aime sa grande discrétion, elle aime vivre dans la discrétion… comme moi.
Claire DEBOUT
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DEBOUT Claire
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7- Mémoires du GONm ; les interviews du 50 ° : Matthieu Beaufils

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photo G. Debout
photo G. Debout
Matthieu le 30-06-2018

Je suis né à proximité de Lille en 1961 et nous avons rapidement déménagé à Honfleur. En 1965, mes parents ont acquis une maison à Angomesnil dans la Manche où nous passions toutes nos vacances. C’est donc vers 4 – 6 ans que je découvre les papillons (mon père était collectionneur) : je connaissais les papillons communs et j’ai des souvenirs clairs de l’abondance à l’époque du tristan ou de l’observation d’un flambé (jamais revu cette espèce depuis). Vers 6 – 7 ans j’ai reçu en cadeau le coffret « aquarium 2000 » et me passionnais pour les tritons, c’était un monde nouveau, merveilleux pour moi. Vers 7 ans j’ai acheté mon premier permis de pêche (5 francs à l’époque pour les enfants) mais c’était pendant les vacances uniquement. À Lille depuis 1966, en CE1-CE2, en école privée religieuse (c’était une autre époque), je lisais déjà des livres sur l’espace et la mer et j’admirais le commandant Cousteau. Frère Paul nous a montré comment écrire un livre sur l’espace (grande mode des missions Apollo). Extrêmement séduit, j’ai ensuite « rédigé » un pavé sur la mer à partir des bouquins que j’avais, cela a été mon démarrage de l’écriture et j’ai gardé ce goût de l’écrit. Je n’ai malheureusement pas gardé ce manuscrit, j’ai souvenir de l’épaisseur sur des feuilles de cahier avec beaucoup de colle pour les photos.
De 1970 à 1974 nous vivons à Arras dans un « lotissement à la campagne », j’ai découvert la chasse et commencé à déterminer les oiseaux : alouette des champs tués avec le miroir aux alouettes ; excellent souvenir du cochevis huppé (qui existe encore sur ce secteur !), de la perdrix grise. Dès 1971, mon livre de chevet était « le Yeatman » (offert par mes parents). J’y découvrais la triste réalité de l’effondrement de certains groupes d’oiseaux comme les rapaces ou les hérons, les méfaits du DDT et les incroyables massacres de passereaux relatés dans les tenderies en Belgique et dans le sud-ouest de la France. À la même époque, j’ai élevé un corbeau freux, acheté à un dénicheur (avec de l’argent soustrait à ma mère), j’allais aussi les compter au petit matin à la sortie du dortoir, plusieurs centaines de corvidés parfois …mais à l’époque je ne savais même pas qu’il existait des ornithologues.
A 13 ans, j’ai un faible pour René Dumont (sous le regard moqueur de mon entourage) qui se présente aux élections présidentielles. A 15 ans, je connais le « Peterson » par cœur mais je comprendrais un peu plus tard que ce sont des connaissances pour la plupart livresques …et qu’en fait je n’y connais pas grand-chose. À 16 ans nous sommes maintenant à Saint-Brieuc, je rencontre au lycée Hervé Yésou, frère de Pierre Yésou (déjà connu, je le découvrirais ensuite), qui m’emmène en baie de Saint-Brieuc : mon souvenir est que je fais 50 coches (je découvre le mot) en une matinée et je vois la différence énorme entre les connaissances de terrain et celle livresque du Peterson ! UN monde !
En 1976 ou 1977, lors de ma seconde sortie avec Pierre Yésou, nous recherchons un oiseau que nous n’avons pas trouvé, que je ne verrais que quelques années plus tard en Ille et Vilaine, le pic cendré. Cette espèce en plein expansion colonise alors les Côtes d’Armor et on pensait alors, vu sa vitesse, qu’il arriverait vite en Finistère. Je me suis rendu compte, récemment (lors de la relecture du texte du pic cendré du nouvel atlas normand), 45 ans plus tard, que le pic cendré s’était arrêté là en 1976 après une percée vers l’ouest et qu’il avait reflué juste après !

Avant mes 18 ans, j’ai fait mes premiers pas d’ornitho dans la baie du Mont-Saint-Michel avec l’élite bretonne de l’époque mais j’avoue que j’ai été un peu refroidi par ces premiers contacts.
C’est vers 1982 – 1983 que je rencontrais le GONm en la personne d’Olivier Dubourg, qui voulut bien commencer à m’apprendre à observer et à compter. Très vite, comme j’avais déjà quelques connaissances, je pouvais être encadrant dans les stages de Luc Loison (ça a vraiment été formateur) et Jean Collette qui m’a beaucoup initié et montré que la récupération de données et l’écriture étaient 2 éléments incontournables si on voulait progresser. En même temps, je m’apercevais à ces contacts que j’avais une « bonne » oreille et une assez bonne mémoire. Cela me passionnait véritablement de reconnaître les oiseaux au chant et au cri.
En 1982, le site de Carolles fut comme un détonateur. Jean Collette et Olivier Dubourg y effectuaient déjà quelques comptages. Je m’y investi fortement de 1985 à 1987. En 1988, je publie dans le Cormoran un premier article sur les migrations à Carolles (migrations visibles des passereaux à Carolles en 1986-1987), mais que je regrette un peu car, avec le recul, il ne me semble pas suffisamment étayé, sans véritable protocole ni question de fond. Néanmoins ça me permet de gagner le prix Roger Brun qui récompense au GONm un jeune ornithologue. Mais, la confiance en mon travail de terrain est venue en 1989 lorsque Laurent Legrand compte à Carolles et trouve les mêmes effectifs que ce que j’ai trouvé…je lui ai dit mais il ne se rend pas compte du bonheur que ça a été pour moi ! Bien intégré au GONm, récoltant des données, m’occupant à parti de 1992 de la chronique du groupe U (fringilles et bruants) mais ne souhaitant pas y prendre de responsabilité au niveau du bureau, je n’interviens pas dans le fonctionnement l’association.

En définitive, j’ai beaucoup appris d’Olivier sur le terrain et de Jean pour l’écriture : il faut des maîtres pour progresser et c’est ce qu’ils restent pour moi (outre ceux de l’école primaire qui à l’exception d’un, cité plus haut, m’ont souvent plus terrorisé qu’encouragé !). Philippe Ollivier essaie de me convaincre de baguer mais j’ai un peu de mal à toucher des oiseaux. C’est toujours le cas, alors que je pêche à la ligne et n’ai aucun problème avec les poissons.

Je rencontre « la baie du Mont-Saint-Michel » dans son entièreté seulement en 1994 grâce à Lionel Gohier d’Ille et Vilaine qui monte un protocole de comptage des canards et limicoles sur le site, côté Bretagne. Très peu de temps après, c’est un peu une révélation pour moi qui ai le cul entre 2 chaises entre la Normandie et la Bretagne …réunir les 2 régions sur ce site serait primordial pour qu’on le comprenne mieux au niveau associatif.
A partir de 1995, je consacre du temps à monter le protocole canards, laro-limicoles entre Bretagne Vivante (BV) et le GONm notamment avec Pierre Yves Pasco et Vincent Liéron. Tout ceci sera peaufiné avec Régis Morel et Sébastien Provost au début des années 2000. Convaincu de la nécessité d’écrire sur le site dans son ensemble, je me lance dans la rédaction d’une première grosse publication de synthèse en 2001 sur le site …mais c’est surtout la partie internuptiale…. Il manque une partie connaissance véritable des « nicheurs ». Même si nous travaillons de concert, il faudra attendre 2008 pour que le GONm et Bretagne Vivante signent une convention de partenariat qui court toujours.
Mais les ornithologues des 2 côtés restent très attachés à LEUR côté. Né dans le nord et avec des ascendants belges (et passant régulièrement la frontière entre 1966 et 1974 quand j’habitais à Lille ou Arras), je me considère à nouveau comme un frontalier vivant pour l’essentiel à Rennes en Bretagne et estivant en Normandie à Saint-Pair-sur-Mer. En gros, je me consacre à 50 % au GONm et 50 % à Bretagne Vivante avec des variantes en % selon les études et les années.

En 2008, à la suite des évolutions partenariales entre GONm et Bretagne Vivante, je monte et je cordonne (Jean Charles Tombal du Nord- Pas-de-Calais a joué un rôle primordial à ce moment-là) un atlas des oiseaux nicheurs de la baie du Mont-Saint-Michel qui contre toute attente (ça m’a été dit gentiment au moins en Bretagne), abouti …et il est publié en 2018 après 10 ans d’efforts. Avec quelques années de recul et l’utilisation très productive que nous en faisons, je ne regrette rien.
Pour moi, ce sont les études comme je dis souvent « propre » (avec un résultat probant et répondant à quelques questions) qui permettent d’avancer. Ces dernières années, j’ai été marqué par les résultats des 140 points d’écoute (lancé par Gérard Debout) réalisés dans le parc des marais du Cotentin et du Bessin, sur un pas de temps très long. Les travaux très rigoureux de Bruno Chevalier sur la côte ouest du Cotentin apportent une information nouvelle et considérable. Mais je regrette que des enquêtes plus généralistes comme les points STOC au niveau national ou l’enquête Tendances en Normandie ne soient pas plus suivies et lassent aussi vite… je considère que le petit nombre de suivi n’est pas suffisant (aux échelles régionales ou nationales) pour réellement quantifier les choses, notamment sur les passereaux dès qu’ils sont un peu moins communs c’est-à-dire au-delà de la quinzième espèce la plus commune (maximum 25).
C’est pour cela qu’à l’inverse, les chiffres de tendances européennes, sont une balise pour moi depuis 2000. Je considère en effet qu’antérieurement (cela commence en 1980), il n’y a pas suffisamment de pays de tous les horizons pour réellement produire des évaluations sérieuses (les courbes le montrent d’ailleurs très clairement). Comme je l’indique souvent ça a aussi été une révélation pour moi : premier atlas du GONm et des points d’indices A MOI ! Ces points se retrouveront dans l’atlas national de 1994 puis dans l’atlas européen de 1997. Rien de plus concret ! Et l’impression d’aller pour quelque chose en votant aux élections européennes. Le dernier atlas européens comparant à 20 ans d ’écart les variations spatiales des espèces a été un choc pour moi et conforte mes positions (MES points et les VÔTRES, si vous avez participé y sont à nouveau).
Je m’étais déjà procuré celui de 1994 qui m’avait enchanté et que je connais très bien pour les passereaux au moins. Je me rends compte, MAINTENANT, que les atlas que j’aime tant sont en fait les seuls véritables données objectives sans trop de biais notamment à de grandes échelles comme l’Europe.

Je vis à Rennes depuis 30 ans et j’y suis connu localement au sein de Bretagne Vivante comme naturaliste. Je le dis souvent je ne suis pas ornithologue mais j’aime les études sur les oiseaux communs ou un peu moins commun (mais pas au-delà). C’est un groupe qui permet sur ces dernières décennies d’aller plus vite en matière de protection et tout le monde croit connaître les oiseaux donc ça facilite les contacts. Les études que j’ai réalisées sont un moyen simple pour faire de la protection, je connais la procédure : récolter proprement des données de terrains, les travailler puis lire des articles, faire de la bibliographie, retracer sur le plus long terme possible, jongler entre tous les nombreux atlas publiés depuis des décennies pour certains… et écrire pour garder une trace (pas forcément pour être lu par beaucoup de monde, il faut en être conscient !). Les diaporama powerpoint m’ont aussi permis depuis une décennie de produire plus régulièrement une information plus facile à digérer.
Pour le reste je suis amateur du vivant et un peu cultivé sur le sujet. Je connais des spécialistes dans pas mal de domaines, donc des gens véritablement cultivés sur les sujets. J’aime la botanique, l’entomologie avec une prédilection pour les orthoptères, les animaux du milieux marins mais aussi les amphibiens, reptiles … et clairement moins de prédilection pour les mammifères… globalement un certain éclectisme naturaliste.
Ces dernières années, outre la baie du Mont-Saint-Michel plus souvent côté breton (pour une raison simple, c’est qu’en Bretagne, Bretagne Vivante collabore beaucoup avec le Conseil Départemental du 35 et nous avons pas mal de demandes d’études), j’ai jeté mon dévolu sur Rennes, ma ville, où j’ai engagé des études depuis 2012. C’est aussi ainsi que je représente, avec Patrick Jézéquel (un spécialiste des 1000 autres espèces d’abeilles que Apis mellifica), Bretagne Vivante au Conseil Local de la Biodiversité. Ces derniers mois, nous tentons de faire découvrir à quelques élus des zones de biodiversité intra-rocades à Rennes. En 2022, au Conseil Local de la Biodiversité, les friches ou délaissées urbaines sont à l’honneur. L’aventure continue.

Le point sur les écrits : ce moment ce sont plutôt des oiseaux marins et la vallée du Couesnon. Je me lance sur un écrit sur une particularité éthologique sur les goélands argentés. Je publierais dans le Cormoran bien sûr, j’ai toujours publié soit dans le Cormoran soit dans Ar Vran, ce sont des publications qui constituent pour moi un passeport local, une reconnaissance, je n’ai pas vraiment d’ambition plus large.
Enfin après 20 ans d’abandon je me suis remis aux arts plastiques. Encre de Chine à la plume et aquarelles …on en reparle dans 10 ans quand j’aurais travaillé.
https://www.gonm.org/index.php?post/Les ... 09-2013%29
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8- Mémoires du GONm ; les interviews du 50° anniversaire : Jocelyn Desmares

Message par DEBOUT Claire »

18-06-2011-vallée de la Risle - photo Gérard Debout
18-06-2011-vallée de la Risle - photo Gérard Debout
Après le repas dominical chez mes grands-parents, le match de rugby était de rigueur, heureusement que, sous la télé, il y avait plusieurs livres d’oiseaux (mon grand-père était chasseur) que je lisais et vers l’âge de 6-7 ans, lors des vacances d’été aux Gougins à Saint-Marcouf-de-l’Isle, en camping sauvage, j’ai le souvenir de bain de mer en compagnie d’un cormoran : j’essayais de plonger aussi bien que lui et surtout aussi longtemps mais … je n’y arrivais pas. A cette époque début de années 1970, le grand cormoran était en voie d’extinction en Normandie, l’espèce est protégée depuis 1975 !
On m’a offert des jumelles et j'ai récupéré un vieux » Peterson » chez une tante.
Je croise des gens avec des jumelles à Beauguillot, qui n’était pas encore une réserve, et je découvre l’existence du tadorne de Belon en Baie des Veys. C’est en 1982 que je participe au ramassage d’oiseaux mazoutés (lors d'une pollution importante sur l'Est Cotentin), que nous dirigions ensuite au haras de Sainte-Marie du Mont.

En 1983, en Alsace, je poursuis des études dans l'agro-alimentaire, je découvre la revue CICONIA dans une bibliothèque et je fais mon premier BIROE sur le Rhin. Je reviens en 1985 en Normandie pour effectuer mon service national.
En 1986, je décide de faire mon objection de conscience et j’avais le choix entre des associations humanitaires et … le GONm. Mon entretien de réception s’est fait à Portbail chez les parents de Gérard Debout qui me fit miroiter une possible activité sur les îles Saint-Marcouf, réserve du GONm. Je connaissais bien l’île du Large pour y aller souvent avec mon père, cela m’a décidé.

J’intègre donc le GONm et à Caen je découvre un local au-dessus du musée de la nature, où il n’y avait pas de téléphone, où je disposais d’une machine à écrire Olympia avec laquelle je devais transcrire les RSS en BSS, taper les reprises de bagues venant de Arnheim et taper le Petit Cormoran rédigé à la main par Bruno Lang. C’est Bernard Braillon qui m’a donné une méthode en 39 leçons pour apprendre à taper à la machine. Je commençais bien sûr à faire des sorties ornithologiques avec B. Lang et G. Debout en Baie d’Orne et en plaine de Caen où j’ai découvert entre autres le chant du bruant proyer.
Je ne suis resté qu’un an au GONm et ai poursuivi mon objection au CREPAN. Mais c’est le GONm qui m’a permis de rencontrer des ornithologues, des naturalistes, et où j’ai acquis une bonne expérience en particulier en botanique avec Provost et Lecointe les deux universitaires caennais à l’origine de l’atlas des plantes vasculaires. J’avais d’ailleurs monté un herbier et une boîte à insectes lorsque j’étais au lycée agricole pour les présenter au bac agricole mais j’avais trouvé que mes professeurs n’avaient pas la fibre naturaliste. J’ai participé aux sorties du Conservatoire botanique de Brest , et j'ai adhéré à « Erica ». J’ai gardé cette spécialité car aujourd’hui je vends des tisanes à partir de mes récoltes sur le terrain et je propose des conférences sur l’usage des plantes à diverses associations.

J’ai toujours fait de l’ornithologie, je ne me sépare jamais de mes jumelles, tant pour observer ma première chevêche (choc de la découverte !) que lors de mes voyages en Espagne, Portugal, Maroc ou encore au Québec ou dans les Rocheuses canadiennes ; lors de mes différents voyages, j’ai toujours allié la nature avec l’art et la visite des musées. J’ai fait un vrai voyage 100 % ornitho avec des passionnés en Mongolie.

C’est en 1992 que Jean Collette m’incite à reprendre le flambeau de l’enquête Oiseaux échoués. J’étais délégué adjoint de la Manche entre 1991 et 1993 puis titulaire à partir de 1993. Vu de l’extérieur on a du mal à se rendre compte du fonctionnement du GONm et être délégué le permet. J’ai intégré le CA et j’ai ainsi suivi l’évolution du salariat, ai assisté aux discussions parfois rudes entre quelques membres, encore actifs au sein du GONm.

Pour les 20 ans du GONm en 1992 j’ai été chargé, à l’unanimité, de m’occuper de la capture des moutons destinés au méchoui anniversaire. En effet, un troupeau de moutons était propriété à 50 % du Conseil général de la Manche et à 50 % du GONm et paissait sur l’île de Tatihou. Aussi nous avions le droit de prélever des agneaux, mais il fallait courir après sur la grande plaine de Tatihou ; j’avais 30 ans, j’avais la varicelle et heureusement j’ai été aidé de Philippe Spiroux, garde de la réserve, ainsi que d’autres adhérents. C’est mon père (ancien boucher) qui les a tués et je les ai transportés jusque dans le Calvados dans ma voiture personnelle, on ne doit sans doute plus pouvoir le faire aujourd’hui.
Conservateur de la réserve de Tatihou et de la réserve de la rade de Cherbourg, je participe régulièrement au suivi du Réseau Limicoles Côtiers, J’ai aussi été conservateur de la réserve de Brévands en Baie des Veys où j’ai fait des animations, il y a 20 ans, pour le GONm mais il n’y avait jamais personne, les gens avaient peur des chasseurs. Je me souviens de mes grands-parents passant l’hiver à Brévands dans une caravane pour que mon grand-père puisse chasser, pas au gabion (il détestait cette pratique) mais à la botte, caché dans les roseaux et les polders pendant que ma grand-mère patientait. Mon grand-père était donc fan de foot et de chasse, il n’a pas eu de chance avec moi. J’ai néanmoins un amour du plein air et de septembre à avril-mai je vais à la pêche à la crevette grise avec le « rilet » (équivalent du havenaud) avec mes filles passionnées de pêche elles aussi.

Mes activités au GONm :
Le GONm m’occupe toujours beaucoup : je fais des suivis comme EcoQo (étude de la pollution sur les cadavres d’oiseaux). Depuis 7 ans je parcours tous les 15 jours un tronçon de 10 km de côte de Beauguillot à Ravenoville de septembre à mars pour relever les traces de pollution par les hydrocarbures sur les fulmars et les guillemots.
Je fais régulièrement l’enquête Tendances, et des suivis dans les carrières en particulier la carrière de Doville où je suis le grand corbeau et le faucon pélerin. J’ai vu le grand corbeau la première fois il y a bien longtemps lors d’un stage pluridisciplinaire de mon lycée autour de Flamanville. Je l’ai revu en 1980 à Vauville, il était très rare et cette observation en vol est un beau souvenir. J’ai aussi assisté au retour du faucon pèlerin, mais je l’avais déjà observé en baie des Veys il y a une trentaine d’années. Le suivi en carrière de Doville m’a été facilité par une convention que le GONm a signée avec l’entreprise et je fais des suivis toute l'année, avec seulement un casque de protection et un beau gilet…...orange.
Depuis 1991, j’effectue 25 EPS (points d’écoute) sur le territoire du PNR des marais du Cotentin et du Bessin (avec GDe, ACh, RPu) afin de suivre l’évolution des populations des espèces des marais.
J’ai également le privilège énorme de pouvoir aller quasi une fois par mois sur l’île de terre de Saint-Marcouf. J’ai commencé il y a vingt ans avec Philippe Spiroux pour les dortoirs de grands cormorans. Je me souviens du froid et des doigts tétanisés lors d’un mois de décembre sibérien ! Mais j’ai une passion pour toutes les îles, je connais la majorité des îles bretonnes que j’ai fait découvrir à mes 3 filles. Je suis retourné à Ouessant au bout de 20 ans et malheureusement je ne l’ai pas reconnue, tellement la pression touristique y est grande.

Je suis assez inquiet car le département de la Manche est parti pour promouvoir à fond le tourisme, sans toutefois prendre en considération certains milieux fragiles. Au sein du PNR des marais, les actions sont rendues difficiles car la « communication » et l’activité culturelle sont fusionnées au niveau du marais. On a l’exemple de M. Morin président de région qui pousse pour faire un D-Day Parc, sorte de parc d'attraction sur la guerre, je trouve cela un peu malsain. Heureusement il a un groupe d’opposition avec des historiens, des vétérans… mais quel sera leur poids ?
Pour l’avenir du GONm, je trouve que l’association est à un tournant en ce qui concerne son encadrement. J’assure les réunions d'adhérents à Valognes. Mais le bénévolat tend à se raréfier et les jeunes, même s’ils prennent conscience de l’environnement, préfèrent parfois faire des coches avant de connaître les oiseaux communs. Aujourd’hui nous transmettons nos données sur Faune Normandie, nous devons sans cesse nous mettre à la page au risque d’être dépassé par l’ingénierie numérique.
Ce qui me semble indispensable c’est publier mais … l’écriture est une activité longue, pas toujours facile. J’ai plein d’idées comme une étude sur l’évolution de l’avifaune de la vallée de la Douves, ou une étude sur la nidification du vanneau huppé dépendant des facteurs écologiques du milieu : le nombre des nicheurs diminue par diminution des milieux favorables. En effet, sous l’influence de l’hygrométrie du sol (manque de pluies en janvier) la tourbe remonte et le milieu s’assèche ; les vanneaux nichent actuellement sur des zones où la nappe d'eau est affleurante, comme les abords des mares de gabion.

Je connais bien aussi les cigognes des marais arrivées en 1971, puis en 1978 à Saint-Jean de Daye, puis l’arrivée des aigrettes garzettes, la diminution et la disparition du râle des genêts (à Varenguebec on ne les comptait même pas, tellement leur chant caractéristique imprégnait les nuits de printemps), l’augmentation des hérons garde-bœufs et celle de la grande aigrette.
L’été je suis batelier animateur sur le bateau « la Rosée du soleil » au fil de la Taute et j’observe régulièrement les sarcelles d’été, le héron pourpré (hôte exceptionnel pendant les deux mois d’été), le martin-pêcheur. Je les fais découvrir pendant 1h30 à un public varié qui, souvent, ne connaît pas l’environnement et est parfois frustré de ne pas voir certaines espèces. J’assure le commentaire en parlant des oiseaux, du GONm bien sûr et aussi de la chasse, j’ai un point de vue neutre, mais je mets un point d’honneur à faire comprendre au public, l’intérêt de la préservation des zones humides. J’ai eu des visiteurs venant de pratiquement toute la France et beaucoup de Haute-Normandie mais, rarement des ornithologues et, plus souvent, des photographes.

Un salarié du GONm a contacté la Cité de la mer à Cherbourg pour connaître les possibilités d’une exposition pour notre 50°anniversaire, mais déception, ils recherchent des aventures humaines, des exploits plus ou moins spectaculaires, aussi leur réponse fut négative. La société du spectacle ultra présente dans tous les domaines éloignent nos concitoyens de la prise de conscience que la nature est à portée de main. 50 ans d’ornithologie en Normandie ! N’est-ce pas une belle aventure humaine pour la connaissance et la préservation des oiseaux ?
J’ai un projet culturel d’expo de photos du marais en présentant les traces de l’homme dans les marais sous forme d’une expo flottante itinérante sur la Douve, mais là encore je dois trouver des partenaires financiers, comme la DRAC, le département etc., en tant qu’acteur et artiste du monde rural. J’ai également d’autres projets en lien avec l’herboristerie.
Claire DEBOUT
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DEBOUT Claire
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9 - Mémoires du GONm ; les interviews du 50° anniversaire : Stéphane Lecocq

Message par DEBOUT Claire »

20/06/2018 - Stéphane, quelque part dans l'Orne. photo Gérard Debout
20/06/2018 - Stéphane, quelque part dans l'Orne. photo Gérard Debout

Je suis un ornais de souche, né à Argentan en 1966.
J’ai toujours eu un attrait pour les oiseaux dès la fin des années 1970. Je passe mes vacances d’été en montagne dans les Alpes où je vois des grands rapaces qui me font rêver mais qui me paraissaient, à l’époque, inaccessibles. C’est dans une librairie à Chamonix en 1981 que je trouve « les rapaces » de Paul Géroudet et je dévore ce livre. J’apprends plein de choses sur des rapaces à peine connus pour moi comme l’aigle de Bonelli ou le circaète Jean-le-Blanc et quand je rentrais de vacances j’étais toujours un peu frustré.

C’est en 1982 que je trouve mon premier nid de rapace avec un couple de faucon crécerelle. Et, en 1983, je parcours tous les bois du secteur et recense tous les nids de buse. Mon secteur est la zone de Messei – Le Châtellier dans l’Orne, où je suis toujours.
En 1984, un reportage télévisuel sur le centre de soins pour la faune sauvage tenu par Roland Leroux dans l’Eure, à la Barre-en-Ouche, m’interpelle. Cette localité étant proche de la limite de l’Orne, je décide d’y aller pour connaître ce centre et j’y découvre beaucoup de rapaces.
Devant faire l’armée et n’étant pas très motivé, j’ai postulé au FIR (Fonds d’Intervention pour les rapaces) pour faire mon objection de conscience et ai ainsi pu la faire au centre de Leroux : finalement, j’y suis resté trois ans et demi, jusqu’à fin 1988. Au centre, j’ai eu accès à de nombreux rapaces, à des espèces que je ne connaissais pas. En 1988, pour s’agrandir, celui-ci a déménagé sur un grand terrain près de Verneuil-sur-Avre où j’ai vécu un an dans un chalet au milieu d’un bois d’une douzaine d’hectares et au milieu des oiseaux. C’est aussi à cette période que j’ai commencé à visiter régulièrement les ballastières de Cintray et Saint-Nicolas d’Attez pour leurs oiseaux d’eau, la plaine de Piseux où je découvrais mon premier nid de busard Saint-Martin ainsi que les étangs du Moulin, de Rumian et des Personnes dans le Perche ornais.
Au centre de soins, mon travail de soigneur s’est inséré dans un programme de l’ANFA (association Nationale de fauconnerie et autourserie) visant à tenter de reproduire en captivité le faucon pèlerin dont la population française de l’époque était encore faible et menacée. Le centre possédait quelques individus handicapés et avec les quelques oiseaux qui nous étaient confiés chaque année par des fauconniers, nous procédions à des reproductions en captivité par insémination artificielle (le pèlerin ne se reproduisant pas ou mal en captivité contrairement au faucon lanier) afin de mettre à disposition des fauconniers des oiseaux nés en captivité. L’idée était d’inciter les fauconniers à ne pas être tentés de se procurer des individus dans la nature et, évidemment, de manière illégale puisque l’espèce était protégée comme tous les rapaces mais soumise, encore à l’époque, à des actes de braconnage et de désairage. Le centre était équipé de couveuses américaines sophistiquées pour l’époque mais nous placions les œufs sous des poules de la race Cochin réputées bonnes couveuses qui en assuraient l’incubation la première semaine. Les œufs étaient placés ensuite en couveuse jusqu’à l’éclosion. Les élevages des poussins se faisaient à la main.
Dès mon arrivée au centre en 1985, j’ai dû apprendre rapidement à élever de jeunes oiseaux. Outre les oiseaux blessés qui arrivaient régulièrement (un oiseau par jour environ), les poussins de rapaces nocturnes ne manquaient pas au printemps surtout hulotte et effraie. Mais mon souvenir le plus marquant reste cette année-là ce vautour pape, ou Sarcoramphe roi, comme on l’appelle aujourd’hui, un superbe vautour sud-américain provenant du Jardin des plantes de Paris qui nous avait confié l’œuf unique et l’élevage du jeune. Mon premier coup de pression car l’oiseau ne nous appartenait pas. La pression, je vais la connaitre à nouveau, surtout en 1987, alors que nous réussissons à reproduire en captivité l’aigle royal, l’aigle impérial et l’aigle ravisseur dont le centre gardait en volière de vieux individus handicapés ou imprégnés par l’homme. Un jeune aigle royal voit le jour cette année-là, de même qu’un ravisseur et surtout trois poussins d’aigle impérial issus d’une même ponte. Ajouter à cela l’élevage à la main d’un jeune vautour moine (le seul à être né en captivité cette année-là en Europe, si mes souvenirs sont exacts) dont l’œuf nous avait été confié à nouveau par le Jardin des plantes de Paris et destiné, lui, à renforcer une population captive pour former des couples reproducteurs en vue de renforcer plus tard des populations sauvages.
C’est toujours au centre que j’ai appris à connaître l’autour des palombes. Leroux en avait 7 ou 8 blessés et très imprégnés par l’homme ; je ne savais pas si on pouvait en voir de sauvages dans l’Orne. J’étais fasciné par cet oiseau. Les tentatives pour former des couples ont hélas toutes échoué car les femelles étaient très agressives et l’une d’elles avait même tué un mâle. C’était là une espèce très difficile à faire reproduire en captivité et je n’ai jamais réussi.

Ce travail occupait tout mon temps, il était passionnant mais je ne faisais presque pas d’ornithologie. C’est Leroux qui le premier m’a parlé du GONm en 1985 me suggérant d’y adhérer … ce que j’ai fait. Il était administrateur du FIR qu’il avait co-fondé avec les frères Terrasse et quelques autres personnes. C’est lors des AG du FIR à Paris que j’ai pu rencontrer Michel et Jean-François Terrasse mais aussi Philippe Fornairon qui en était le directeur à l’époque, de même qu’un spécialiste du faucon pèlerin en la personne de René-Jean Monneret et j’ai croisé aussi Jean-Marc Thiollay, disparu récemment.
Fin 1988 s’achèvent trois années merveilleuses pour moi, dont je parle peu ou pas mais qui ont été ma porte d’entrée vers le monde de l’ornithologie. Une expérience incroyable pour quelqu’un qui ne connaissait rien des oiseaux ou presque. Des souvenirs précis qui brûlent encore comme des brasiers même plus de 30 ans après. Je me souviens de mon pantalon déchiré à la cuisse par un pygargue à queue blanche dont j’avais sous-estimé la force, de l’hématome au bras que ce même pygargue m’avait fait plus tard avec son gros bec jaune alors que je le transportais vers sa nouvelle volière, des serres impressionnantes d’un aigle de Bonelli que des services de l’État avaient saisi chez un particulier en région parisienne, des serres aussi d’un aigle ravisseur, pourtant petit, mais à qui j’avais eu le malheur de donné une poignée de main (c’est le métier qui rentre me disait Leroux !), d’une longue course dans la plaine pour récupérer un marabout d’Afrique échappé du centre qu’un agriculteur de l’Eure avait vu un jour arriver dans sa basse-cour et pris pour une cigogne, d’un coup de bec grand ouvert au visage de la part d’un héron pourpré qui me laissait pendant plusieurs jours une belle signature allant de l’œil au menton. Mais, ma plus belle frayeur (et la plus drôle sans doute après coup) survint au cours du déménagement du centre en 1988 lorsque je vis la plage arrière de la Renault 5 rouge de Leroux se soulever pour laisser apparaitre la tête du vautour fauve que je transférais ce jour-là et dont j’avais mal refermé la caisse de transport. Heureusement, la plage arrière en retombant lui coinça le cou contre la lunette arrière du véhicule et, tandis que le vautour regardait défiler la route, j’accélérais sur la rocade de Verneuil de peur qu’il ne sorte complétement et étale ses 2,60m d’envergure dans l’habitacle de l’auto. Il n’en fut rien heureusement et Leroux ne sut rien de cette anecdote.

1988, c’est aussi l’année où Jacques Rivière m’envoie une lettre en tant que membre du GONm dans l’Orne m’invitant à faire une sortie en forêt d’Ecouves. J’y retrouve Bruno Dumeige, Alain Lebossé (spécialisé sur les busards), François Radigue, un entomologiste Marc Mazurier, etc… Cette sortie était ciblée sur la découverte du pic noir. J’étais un débutant sur le terrain et mes connaissances sur les passereaux et les pics étaient faibles, de même que pour la connaissance des chants et des cris. Ces sorties furent pour moi un vrai déclencheur de l’ornithologie de terrain. Je rencontre aussi Gaston Moreau au printemps 1988 à des réunions nature à Sées avec le GONm et l’AFFO. Je côtoie des gens déjà passionnés et Moreau était vraiment le pape des naturalistes avec une expérience extraordinaire.
A l’une de ces réunions de Sées au printemps 1988, j’arrive du centre de soins avec un carton contenant une femelle d’autour que Roland Leroux avait décidé de relâcher car elle volait bien. Peu d’ornithologues présents n’en avaient vu d’aussi près ! Le lendemain matin, j’allais la lâcher avec Jacques Rivière en forêt d’Andaines depuis les pentes du Mont-en-Gérome.

A partir de cette année-là, l’autour occupait toutes mes pensées et Leroux supposait qu’il nichait en Normandie. Le premier atlas du GONm, auquel je n’ai pas participé, couvre les années 1985 à 1988 et relate sa présence dans les forêts de l’Orne. En 1989, je jette mon dévolu sur la forêt d’Andaine, où je fini par apercevoir l’espèce après quelques mois de recherche. Mais ce n’est qu’en 1991 que je trouve mon premier nid après avoir repéré ce couple qui cerclaient très loin à 2 ou 3 km de distance, en faisant des flashs blancs dans le soleil.
La paire de jumelles ZEISS BGAT 10 x 40 que j’avais acheté par l’intermédiaire de Bernard Mille en 1990 (5 000 francs, c’était à peu près ma paie mensuelle de l’époque), m’aidait beaucoup. Le lendemain matin, je prospectais le secteur pour entendre sans tarder une alarme que je connaissais bien pour l’avoir entendu des milliers de fois chez Leroux, celle d’un autour des palombes. Hélas, cette nidification échouera à cause d’une coupe forestière que l’ONF n’a pas pu arrêter à temps. Mon intérêt pour cette espèce n’ayant jamais faibli depuis, j’ai aujourd’hui suivi une centaine de nidifications dans l’Orne et montrait cette espèce à pas mal d’ornithologue qui ne la connaissait pas ou peu. A ce titre, Gérard et Claire Debout, de même que Alain Chartier, se souviendront sans doute de l’orage qu’ils ont pris sur la tête lors d’une visite de l’un des ces nids en forêt d’Andaine en juin 2005.

Parallèlement, je me suis intéressé beaucoup à la réserve de la Dathée dès 1989 où j’ai appris les oiseaux d’eau et les comptages aux côtés de Jean Collette pour être ensuite conservateur de ce site pendant 30 ans. La baie du Mont Saint-Michel est un lieu que j’ai fréquenté souvent aussi à cette période pour y apprendre les limicoles et autres. La migration aux falaises de Carolles était un endroit assez extraordinaire à l’automne et la maitrise des cris des passereaux que possédaient des gens comme Mathieu Beaufils, Jean Collette ou Yves Grall me laissait sans voix. Je découvrais vers 1990 le dévouement que pouvait avoir certaines personnes pour la protection d’une espèce notamment les gravelots dans le havre de la Vanlée avec des personnes comme Philippe Sagot ou Olivier Dubourg. Le havre de la Vanlée où je suivais également Philippe Ollivier lors de son étude sur le traquet motteux pour des journée bien chargées (levé à 4h pour être à l’aube à la Vanlée puis retour dans l’Orne à 12h15 pour prendre ensuite mon vrai boulot à 13h et jusqu’à 21h après avoir mangé debout et avec un lance-pierres).

Dans l’Orne, le marais de Briouze (ou marais du grand Hazé), qui était en travaux de déboisement et qui commençait à devenir attractif pour les oiseaux d’eau, devient aussi un lieu que je fréquente beaucoup. Il m’a fallu du temps pour l’apprivoiser car très fermé et dangereux par endroits, les oiseaux étaient difficiles à voir. Je me souviens des 300 m. de cordelette, achetée chez Bricomarché à Flers, que je déroulais derrière moi au fur et à mesure que je progressais dans les saulaies inondées pour atteindre la partie centrale du marais dans la zone dite des « trous du Diable » et surtout pour pouvoir retrouver mon chemin et revenir. C’est dans ce marais dont je vais faire partie du comité de gestion durant presque 20 ans, y représentant le GONm, que je vais faire la connaissance d’un gars nommé Bruno Chevalier avec qui je vais vadrouiller un temps dans l’Orne visitant les étangs et autres vallées. Le marais de Briouze m’offre aussi la possibilité d’étudier un oiseau vif et nerveux qui me fascinait depuis que je l’avais découvert à la Dathée en 1989 : le râle d’eau. J’y trouve un premier nid en 1992 et je n’ai pas cessé depuis de l’étudier. J’ai, aujourd’hui, 196 nids à mon actif, tous au marais du Grand Hazé, et j’étudie actuellement la prédation sur les pontes grâce aux pièges photos. C’est de cette étude qu’en découlera une autre lancée par le Conseil général de l’Orne sur le fonctionnement hydraulique du marais permettant ainsi de retarder l’assèchement estival du site et permettant à de nombreux rallidés issus de pontes de remplacement de grandir les pattes dans l’eau.
C’est Jean Collette, je pense, qui, le premier, m’a transmis le virus des études au long cours. Dommage que les jeunes ornithologues leurs tournent trop souvent le dos et s’orientent plus volontiers vers les oiseaux rares mais je n’ai rien contre cela. Depuis 2003, je n’ai par exemple pratiquement plus de fiches de nids à verser dans le fichier nid et je le regrette car l’étude des nids apporte beaucoup d’informations relatives à la survie des espèces. Je n’ai jamais eu l’âme d’un cocheur alors que l’on m’a parfois qualifié de spécialiste des oiseaux rares ce que je n’ai jamais été. Je ne me suis que rarement déplacé pour voir un oiseau rare … et même le robin à flanc roux qui a séjourné cet automne à 15 km de chez moi et que de nombreux ornithologues sont venus voir. En vérité, je suis plus admiratif et intéressé par des études comme celles des nids par Gaston Moreau, des études à long terme dans le bocage comme celles de Jean Collette, des études dans les marais sur le traquet tarier et la bergeronnette flavéole par Alain Chartier. Je préfère donc me concentrer sur des espèces locales et les étudier en continuité, mais j’ai un gros problème avec les publications : je manque de temps, j’ai pourtant bien envie de publier, je l’ai d’ailleurs fait quelques fois dans Le Cormoran, mais de nombreux projets d’articles m’attendent sur le grimpereau des bois, le pouillot siffleur, le régime alimentaire de l’autour, sur la cigogne noire, Bruno Lang me relance mais … pas le temps.

La cigogne noire… en voilà une autre qui m’a pompé de l’énergie et du temps.
Mon petit doigt me disait qu’elle arriverait en Normandie par l’un des plus beaux et des plus grands massifs forestiers, la forêt d’Écouves. En 2010, un photographe (René Reboux, un des fondateurs de l’AFFO), y découvre un nid par le plus grand des hasards en juillet avec des cigognes prêtes à l’envol. C’est Christophe Girard qui découvre les photos sur Internet ! Six mois après, je retrouve ce nid en février 2011 ; je préviens Alain Chartier et Gérard Debout et je vais revoir le nid avec Alain Chartier mais c’est un échec en 2011. Mon intérêt est stimulé et avec Christophe Girard et Roch Lemoine (agent de l’ONF), nous passons des dimanches entiers à chercher des indices pendant tout l’hiver. Pendant trois hivers, nous arpentons les 8 000 ha de la forêt domaniale d’Ecouves sans trouver le moindre nid ! Quelques observations d’oiseaux sont faites en 2011-2012 puis 2013-2014 mais sans plus. C’est seulement le 22 mars 2015 que, dans un bois privé au nord de ce massif, nous trouvons un nid tout blanc, couvert de fientes. La cigogne nous survole ! On s’arme de patience pour ne revenir que fin mai. Je me souviens de la tension qui régnait alors. Peu de mots échangés au fur et à mesure que l’on s’approchait du site. Le nid est enfin visible et c’est l’incompréhension car il parait vide au premier coup de jumelle. Quelques secondes de sueurs froides se passent et Christophe nous dit que quelque chose a bougé. De fait, une petite boule blanche se redresse puis une seconde et enfin une troisième. Roch Lemoine prend une photo qui me sert encore aujourd’hui de fond d’écran sur mon PC, c’est notre premier nid de cigogne noire et il contient 3 jeunes. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et nous avons vu près de 20 nids en Normandie. La carte dans le dernier atlas est révélatrice du travail accompli mais surtout de la progression de l’espèce dans notre région.

Ma dernière découverte date de 2020, en mai : le premier nid de marouette ponctuée en Normandie, j’en rêvais depuis des années. C’est au marais de Briouze, alors que je traverse des joncs inondés (d’environ 1,20 m. de haut), tout doucement en écoutant et que j’entends le couveur qui s’éloigne en faisant son classique « floc floc floc ». Je vois alors des œufs, différents de ceux du râle d’eau, plus petits, plus jaunâtres et que je reconnais grâce aux photos que j’avais vu sur Internet. La femelle a alarmé « wet wet ». Je dispose alors un piège photo et 5 minutes après elle revient couver ses œufs. J’ai eu 2 500 déclenchements de la caméra pour voir la ponte complète de 11 œufs dont 10 donneront des poussins et toute la couvée est partie sans prédation. Seulement deux cas de nidification étaient déjà connus en Normandie : celui de 1980 découvert par Olivier Dubourg qui avait observé une femelle avec deux poussins dans les marais de Carentan et celui de Sébastien Provost en 2010 qui a capturé un jeune non volant à Genêts. Ce nid est donc la troisième preuve de nidification et le premier nid trouvé. Mon rêve maintenant serait de découvrir un nid de marouette de Baillon mais là, c’est une autre histoire.

Concernant le GONm, j’ai été délégué adjoint et délégué de l’Orne en alternance avec Etienne Lambert quand Jacques Rivière m’a demandé de le remplacer, lui qui avait pris la suite de Gaston Moreau. J’ai même succédé à Jean Collette en tant que vice-président. C’est très agréable de connaître les gens du CA. J’en garde un bon souvenir. J’y ai côtoyé des « personnages » avec de grandes connaissances, j’ai vu les demandes, les projets et tout le volet administratif du fonctionnement du GONm. J’ai beaucoup de respect pour le travail accompli par les uns et les autres en particulier pour Joëlle Riboulet pour son travail précis à la trésorerie de l’association. J’ai découvert aussi plein de sites d’intérêt comme Vauville, la baie de Seine, les falaises cauchoise, Chausey, la baie d’Orne ou encore la baie des Veys et j’ai apprécié le CA déplacé à Tatihou, là encore une belle découverte.
Je conseille vivement aux gens de visiter le site du GONm sur Internet pour y découvrir un peu du fonctionnement de l’association.
Claire DEBOUT
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