MÉMOIRE DU GONm : les interviews du 50° anniversaire

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DEBOUT Claire
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19 - Mémoires du GONm ; les interviews du 50°anniversaire : Cyriaque Lethuillier

Message par DEBOUT Claire »

2022- Cyriaque au Cap d'Antifer. photo Gérard Debout
2022- Cyriaque au Cap d'Antifer. photo Gérard Debout
2022-février-Antifer-Cyriaque Lethuillier.jpg (88.73 Kio) Vu 214 fois

Né en 1977 au Havre dans une fratrie de 3 garçons, chez des parents boulangers- pâtissiers, je suis donc un urbain. Mais, toutes les vacances scolaires se passent à la ferme de mon grand-père agriculteur sur la commune de La Poterie – Cap d’Antifer, vous allez comprendre mon attachement affectif puissant au territoire du Cap d’Antifer.

Comme pour beaucoup d’enfants à la campagne, mon grand-père me montre des nids dans les haies (chardonneret), dans les pommiers et aussi du haut du Cap, les cormorans qui volaient au raz de l'eau, le poulailler aux mouettes, sans savoir qu’il s’agissait de mouettes tridactyles (vers 1980). Il était naturaliste à sa façon, observateur et m’a transmis une fibre naturaliste naturelle. Comme tout ado, j’ai eu envie de devenir vétérinaire puis d’autre chose élargissant le champ des possibles dans le domaine de la nature. Mon père, lui, est un grand jardinier et a aussi un goût certain pour la nature. Il m’emmène en baie de Seine sur la digue reposoir de la CIME pour observer des oiseaux inconnus : limicoles, canards. Alors, ah ! je voulais être ornithologue !
Mes premiers contacts avec le GONm se firent sur la digue, j’ai interrogé les animateurs qui étaient sur place qui m’expliquèrent qu’il n’y avait pas d’ornithos professionnels en France, la filière est très étroite ! en repartant, il y avait un ou deux grands gravelots posés sur le capot de la voiture, plombés par des porteurs de fusil et donc braconnés (je n’appelle pas ça des chasseurs). Ces oiseaux morts furent pour moi un choc ! Dès l’âge de 10 ans mon grand-père m’avait emmené à la chasse, c’était un chasseur de plaine et pas un porteur de fusil.

Mon 2ème contact avec le GONm fut au lycée agricole d’Yvetot en 1993 ou 94 pour écouter la présentation de Laurent Demongin, alors objecteur au GONm, qui n’avait pas d’opposition franche à la chasse et pour deux jeunes ruraux ça ouvrait le champ de la découverte de la nature par d’autre moyen que la chasse mais sans l’exclure. Avec mon copain de classe, on adhère alors au GONm.

Je participe alors à l’atlas, aux enquêtes avec mon ami Jean-Baptiste Ricouard qui est un agriculteur avec un intérêt réel pour les oiseaux, c’est plutôt rare mais, et donc c'est très précieux. Jean-Baptiste, depuis, a repris une ferme bio, il plante des haies par lui-même et aussi grâce à des campagnes de plantation de haies.
On a fait ensemble pas mal de sorties avec le club nature géré par Mme Mériot, notre professeur de SVT, c’était une enseignante active qui transmettait sa culture naturaliste, elle m’a influencé dans mon choix pour m’orienter vers le lycée agricole d’Yvetot en seconde et j’ai passé mon BTA gestion de la faune sauvage (ancêtre du bac pro GMNF actuel) ; pour mon BTA GFS je devais chercher un stage, axé cynégétique : j’ai écrit à toutes les Fédérations de chasse et n’ai eu aucune réponse ! Connaissant le GONm, j’en ai parlé à Gérard Debout qui m’a proposé un stage sur la réserve du Cap d’Antifer : extraordinaire, sa réponse fut immédiate pour un stage de 5 mois en avril 1995 pour le décompte des oiseaux marins nicheurs à la réserve (réserve GONm depuis 1991) : surveillance du faucon pèlerin nicheur pour la 2° année, comptage de la colonie de mouettes tridactyles alors florissante, de la colonie de grands cormorans avec ses 120 nids et plus (15 nids aujourd’hui), l’installation des cormorans huppés, les goélands argentés et marins nombreux et le goéland brun qui a disparu. Mon rapport de stage me permit d’obtenir mon BTA.
J’ai poursuivi avec un BTS Protection de la nature et j’ai fait un stage sur l’île de Beniguet avec l’ONCSF en continuant sur le thème des oiseaux marins. Le recensement des goélands bruns m’a fait côtoyer Pierre Yésou.

Vint le temps du service national que je voulais faire comme « formateur relai environnement écologie » en gendarmerie : être au service de mon pays pour des affaires de pollution. Finalement je rejoins le premier régiment d’infanterie de la Garde républicaine, pour une véritable expérience humaine à Nanterre . Étant à 5 minutes du RER A, j’ai passé beaucoup de temps à la bibliothèque du Museum d’histoire naturelle où j’ai lu des ouvrages sur la nature et j’ai fréquenté la petite librairie à côté du Museum.

En rentrant du service national je joins l’association DEFICAUX, association locale partenaire du CEL. J’ai alors un emploi-jeune comme agent de site naturel sur la valleuse d’Antifer et la falaise amont d’Etretat puis, mon poste est pérennisé et je l’ai occupé pendant à peu près vingt ans puisque je l’ai quitté en 2021. J’ai travaillé avec beaucoup d’écoles (sans doute plus de 10 000 élèves), nous étions deux salariés pour gérer 70 herbivores (chèvres et chevaux) pour l’entretien des valleuses. Une grande satisfaction est de retrouver les gamins que j’ai eu et qui reviennent avec leurs enfants, je suis heureux de voir qu’il y a eu transmission d’un certain sens de la nature et que j’ai réussi à donner du sens à l’existence de l’être humain.

Mon engagement public :

En 2008, je rentre au conseil municipal de ma commune La Poterie-Cap d’Antifer et en 2014 j’en deviens le maire, réélu en 2020. En prenant cette fonction j’ai voulu augmenter la prise en compte de la nature dans le secteur public ; j’ai participé à l’opération « grand site falaises d’Etretat » pour une meilleure prise en compte du patrimoine naturel dans le tourisme surtout pour l’attractivité du paysage. Un syndicat mixte devrait se mettre en place (communes, collectivités et département) pour mieux gérer les flux de fréquentation, mieux accueillir le public, le sensibiliser à autre chose que la photographie, le sensibiliser à « l’esprit des lieux », mais c’est une mission difficile.
Récemment, s’est créée la communauté urbaine – Le Havre Seine Métropole – comprenant 54 communes pour 275 000 habitants. C’est une grosse structure, mais les moyens sont plus importants pour la biodiversité, les espaces naturels, les aménagements naturels ; j’ai pris la fonction de Vice – Président en charge de la nature et des espaces naturels, c’est une fonction élective enthousiasmante car c’est une action publique axée 1/ sur l’amélioration des connaissances, 2/ sur la gestion et la prise en compte de la nature dans les écoles, chez les agriculteurs et la communauté urbaine, 3/ sur l’éducation à la nature, la vraie : monter en compétence. Il faut comprendre les enjeux mais aussi les attentes des habitants dans leur environnement proche ; au cœur de la ville, les citadins ne doivent pas se contenter de la pâquerette mais il faut leur montrer la vraie nature mais il faut leur montrer la vraie nature ; globalement les naturalistes manquent d’ambition, ils sont bien sûr trop liés avec les financeurs, il faut devenir plus indépendants.

Comme je l’ai déjà dit, mes grands-parents comme mon Papa jardinier savaient la beauté de la nature, la qualité d’une rose, l’amour de la terre. Mon oncle aussi agriculteur très pédagogue, célibataire, très bon, a un bon contact avec les gens, il est devenu mon bras droit dans mes fonctions électives.
J’ai trois enfants, Jules, 19 ans, qui rentre dans la marine, Albert, 17 ans, qui aime voyager et Léontine, 13 ans, qui a la fibre animalière, elle aime le cheval.

Mon lien continu avec le GONm :

Ce lien est maintenu par la réserve des falaises où sont toujours faits les décomptes du cormoran, des goélands, le suivi du faucon pèlerin. Cette réserve est une véritable zone de quiétude, fréquentée par quelques rares pêcheurs, quelques chercheurs de fossiles mais ils ne sont pas gênants. Les oiseaux meurent plus par les filets maillants qui les emprisonnent.
La défense de zone naturelle comme Antifer est une problématique difficile : il y a antinomie entre la défense du site et le désir de le rendre accessible ; il faut conscientiser les gens mais à trop ouvrir on risque d’anéantir. L’aménagement du territoire est souvent contraire à la logique de la valorisation, il faut une démarche de protection, les zones de quiétude sont assimilables à des mesures compensatoires. C’est un gros travail pour les futurs députés.
Si l’on prend l’exemple du problème des cerfs à Rambouillet : la reproduction est en déclin à cause des sentiers trop nombreux créés pour les touristes ; les cerfs sont plus concentrés, infligeant des dégâts à la sylviculture : illustration de l’approche économique. Si je prends la métaphore de la pièce de théâtre, il y a de bons acteurs sur la scène mais, il doit exister des coulisses ou zones de quiétude pour une meilleure qualité du spectacle.

Mon panthéon ornithologique :

Je suis conservateur de la réserve d'Antifer et je connais donc bien le faucon pélerin.
Le faucon pèlerin est un symbole ; comme chez les indiens, le faucon passe un message ; il est un dieu chez les égyptiens, il figure sur les totems des indiens. J’ai une profonde admiration pour cet animal quand on le croise sur la côte d’Albâtre, c’est quasi notre tigre, notre ours, c’est pour moi un archétype de la nature et il ne perd pas son prestige même s’il devient plus nombreux.
Sa puissance me procure de l’émotion, j’ai fait évoluer mon rapport au caractère remarquable de cette espèce, rare à l’échelle globale. Jeune, on cavale après l’espèce rare et l’homme a failli liquider cet oiseau ; mais, si on stoppe l’utilisation du DDT, cette espèce résiliente revient : cela doit donner de l’espoir aux jeunes.

Ma quête :

Ce qui met en mouvement l’homme c’est la peur, on vient de le voir avec le COVID. Mais aussi le désir et l’amour, sans désir il n’y a pas d’action.
La vie est courte, plus que passionné il faut être habité par la nature, avoir un profond désir de défendre la nature et de partager jusqu’à aller à l’engagement public malgré les difficultés des métiers ; je suis convaincu que la beauté de la nature libre donne du sens à notre vie, nous renvoie à notre humanité ; défendre la nature donne du sens à la vie, avec le désir de partager avec d’autres. La beauté est très importante, je le dis avec beaucoup de sincérité.
Robert Hainard est un penseur important, sa lecture devrait être obligatoire à l’école ou plus tard dans les formations qui s’occupent d’aménagement du territoire.

Le GONm :

Association régionale, importante. Longue vie au GONm.
Claire DEBOUT
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DEBOUT Claire
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20 - Mémoires du GONm ; les interviews du 50° anniversaire : Frédéric Branswyck

Message par DEBOUT Claire »

2017 - Frédéric à l'observatoire principal de La Grande Noé. Photo Gérard Debout
2017 - Frédéric à l'observatoire principal de La Grande Noé. Photo Gérard Debout
2017- Branswyck-La Grande Noé.jpg (68.42 Kio) Vu 183 fois

Je suis né en 1965 à Versailles et j’ai passé mon enfance en région parisienne mais je bénéficiais de vacances estivales à la campagne, à Saint-Georges-de-la-Rivière dans la Manche. Le plaisir des promenades et l’intérêt pour les sciences depuis l’enfance m’ont conduit naturellement à l’ornithologie. Ajoutons l’achat de quelques livres dont certains illustrés par Robert Hainard, et avec des amis à Portbail où j’ai connu l’existence du GONm, et aussi avec une rencontre avec vous deux Gérard et toi à Portbail il y a 40 ans. J’avais 16 ou 17 ans. A ce moment, il y avait des animations, des surveillances d’aires de grand corbeau plusieurs années de suite, des séances de see-watch au cap de Carteret avec un copain de Portbail qui s’appelle Christian Noël, ainsi que des séjours naturalistes dans les Pyrénées et les Alpes. J’ai aussi fait des animations dans les dunes de Lindberg avec le Conservatoire du littoral et sur la réserve de Vauville en contact avec Franck Dauguet, avec lequel je suis toujours ami. J’ai également confectionné les autocollants du GONm et imprimé les musettes destinées aux animateurs dans l’atelier de sérigraphie de mes parents.

J’ai fait ensuite des études de biologie à Caen et ai suivi quelques réunions à l’université, puis après une période de travail et quelques voyages (Guyane, Brésil, Antilles), pendant lesquels j’ai découvert une autre faune et d’autres oiseaux comme le bec en ciseaux ou les toucans, je me suis aperçu que l’on goutte d’autant plus les voyages quand on a une bonne connaissance de son propre milieu.

Après le service militaire inévitable (9° RIMA à Nantes), je me suis décidé pour devenir instituteur ; mais pour cela il me fallait un DEUG. J’ai alors trouvé un emploi d’éducateur à Granville où j’ai suivi, par correspondance, des études d’arts plastiques avec le CNED. J’ai pu ainsi rentrer à l’IUFM et suis devenu instituteur, professeur puis directeur d’école. Ces études d’art plastique m’ont permis à l’époque de réaliser quelques illustrations pour le premier atlas des oiseaux de Normandie.
Je ne faisais pas d’ornithologie de façon structurelle mais j’ai participé à l’enquête Rivières après le premier atlas, entre Portbail, Saint-Jean de la Rivière et Carteret.

Puis j’eus une longue interruption, j’ai eu mes enfants et je suis parti instituteur à Rouen où j’ai fait ma vie. J'y ai retrouvé mes autocollants sur les vitrines du muséum d'histoire naturelle de Rouen avec amusement. Je restais intéressé par les croquis d’observation et l’oiseau est un bon modèle pour capter la pose éphémère. J’aimais dessiner des hérons dans des attitudes variées, des canards qui constituaient des masses plus compactes mais qui pouvaient déployer leurs ailes lors d’un envol. Je suis un adepte du crayonné rapide.

Mes actions au GONm :

Je me suis repris au jeu de l’ornitho et j’ai fréquenté les réunions de Haute-Normandie qui se passaient à Rouen. J’ai vite pris des responsabilités en Seine-Maritime puis comme vice-Président pour la Haute-Normandie, fonction que j’ai exercé pendant dix ans, de 2009 à 2018.
Ces fonctions au quotidien étaient des actions administratives, essentielles mais pas les plus valorisantes. Ce que j’ai le plus aimé c’est la représentation auprès des structures institutionnelles - Estuaire Seine, GIP Seine aval - préfectures, communes et communautés... et avec la Maison de l’estuaire : essayer d’améliorer la place des oiseaux dans l’estuaire de la Seine, dans des environnements multiples et avec des acteurs très différents tels les industriels, les structures portuaires, les chasseurs, les coupeurs de roseaux, les agriculteurs, tout un monde passionnant.

J’ai travaillé avec Pascal Provost et la maison de l’estuaire, en collaboration avec le GONm et WI, sur des protocoles d’observation, qu’il fallait sélectionner et avaliser pour les poursuivre sur le long terme 10 – 20 ans. Des réunions avec la DREAL permettaient de faire avancer ces études.
J’ai participé aussi à des réunions pour le parc éolien sur le littoral cauchois et pour un futur terminal méthanier à Antifer (qui n’a pas abouti), à des réunions à Val de Reuil pour une extension possible de la Grande Noé avec des enjeux très différents, beaucoup d’acteurs et une pression anthropique énorme. J’ai travaillé avec le Port de Rouen sur des friches industrielles et le problème de leur évolution très rapide, avec l’aide de Fabrice Gallien. Aussi avec la commune de Rouen sur les jardins partagés, les coteaux boisés, les impacts du contournement autoroutier de Rouen etc. J’ai eu quelques échanges de courriels fort instructifs avec Frédéric Jiguet et Philippe J. Dubois sur les statuts de migrateurs de certains oiseaux comme la bernache du Canada.

Mais en 2000, quelques tensions locales se font jour peu après la création de la LPO Haute-Normandie qui eut pour conséquences de démobiliser localement certains adhérents du GONm. J’essaye de susciter des rencontres, des animations locales … quelques réunions régulières animées par Christian Gérard se passent à Sotteville-les-Rouen et je reprends le flambeau avec des réunions à la maison des forêts pour faire le lien entre la structure métropolitaine et la forêt. Céline Chartier a pu prendre le relais des animations en forêt et de certains relevés dans les zones portuaires.

J’ai grand plaisir à participer à plein d’enquêtes en alliant loisir et structure (le GONm), c’est parfois exigeant lorsque le protocole est contraignant, mais on peut relativiser et comparer cela aux pratiques sportives. Ainsi, j’ai trouvé sympa l’enquête rivières d’il y a quelques années, j’ai aussi rendez-vous tous les deux mois pour mon enquête Tendances, j’essaie de suivre la population de goélands urbains rouennais, la population d’oiseaux de la zone humide de Repainville, et l’enquête atlas a été pour moi un moment privilégié.
Les stages sont aussi sources de moments privilégiés : très formateurs. J’ai suivi celui en Pays de Caux, en Pays de Bray ; j’ai, par exemple, un souvenir mémorable d’un stage en baie du Mont Saint-Michel avec Luc Loison avec la découverte d’un dortoir de hibou des marais.

Mais, ne rêvons pas, l’ornithologie se fait souvent seul et l’organisation ne doit pas ralentir le processus de l’observation. Cependant, j’ai plaisir d’être avec d’autres gens pour le partage des connaissances et confronter les différences de perception.
J’ai arrêté ma fonction de vice-président au bout de dix ans pour des raisons de santé suite à un grave accident de voiture. Je ne suis pas encore à 100 % de mes capacités de déplacement et mon travail d’enseignant-directeur avec les petits devenait difficile. Aussi j’ai pris la direction d’une école plus grosse me permettant d’être de plus en plus en mode administratif. Ma retraite n’est pas pour tout de suite. Je refais de l’ornitho mais avec un rythme plus lent.

Je lis beaucoup : relecture des Géroudet / Hainard et des revues ornithologiques comme Le Cormoran, Alauda ou d’autres avec un accès internet facile. J’ai d’ailleurs beaucoup de plaisir à consulter Framaliste (ancien Cormoclic) et Obsnorm. Je lis aussi régulièrement les chroniques dans Le Cormoran. Par contre, si je lis régulièrement et précisément le Petit Cormoran, j’utilise irrégulièrement le site du GONm et le forum.
J’utilise aussi avec plaisir Faune Normandie sur le téléphone : c’est pratique pour enregistrer ses données, renseigner sa localisation et cela évite le recensement sur RSS, mais je garde toujours un petit carnet pour noter un comportement ou faire un crayonné rapide. Dans ces cas-là le smartphone est trop normé, tout ne rentre pas et je ne le consulte que peu pour les autres données. Je le trouve parfois envahissant.

Le GONm a un tropisme bas-normand voire manchois du fait de la richesse des milieux, des sites préservés et cette zone est très accueillante pour l’observateur. L’action du GONm est méritoire, efficace versus ce qui est réellement possible de faire. Il y a une spécialisation et une professionnalisation grâce à quelques universitaires qui travaillent avec les données des observateurs locaux de terrain. Aujourd’hui beaucoup de professionnels sont très pointus et utilisent les données, ce qui fait que les gens sont plus conscients de la nécessité de préserver la nature et de la conservation des oiseaux, mais la présence de ces « professionnels » peut, a contrario, diminuer l’engagement des bénévoles si le lien n’est pas assuré.

Animations :

Réel plaisir avec les associations de quartier, avec la maison des forêts... Grâce aux mises à jour du réseau d’animateurs dans l’agenda du GONm, il faut essayer d’en avoir un nombre régulier : en moyenne il y avait 30 animations par mois en Normandie il y a 15 ans et aujourd’hui seulement 20 ! C’est important de garder ces animations pour former les jeunes et aussi pour le plaisir.
J’ai lancé les émissions de radio sur France Bleue Normandie, puis j’ai passé le relais à Alain Gilles. Il faut maintenir ces petites émissions tous les jours à midi, dont la portée me paraît supérieure à celle de la télé. On les fait en coopération avec d’autres associations comme le Chêne.
A la télé, quelques émissions aux infos régionales sur le GCOJ avec Sylvain Ernou et Jean-Paul Richter ont été diffusées. Ces rencontres sont enrichissantes.
J’aime rencontrer les gens du GONm dans les milieux naturels très différents, des gens de culture sociale très variée comme ceux côtoyés à la préfecture, comme les chasseurs pour les réunions du GIP, comme les agriculteurs : grâce au GONm j’ai pu me rendre compte de la diversité sociale et de la diversité écologique. Mais, il faut admettre qu’actuellement l’aspect concret de la nature, l’observation scientifique et sensorielle de la nature sont en perte de vitesse.
Claire DEBOUT
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21 - Mémoires du GONm ; les interviews du 50° anniversaire : Xavier Corteel

Message par DEBOUT Claire »

Baguage des jeunes huîtriers - pies. photo Fabrice Gallien
Baguage des jeunes huîtriers - pies. photo Fabrice Gallien
2022-Xavier Corteel-Chausey.jpg (191.71 Kio) Vu 140 fois

Claire, j’aime bien tes interviews, elles permettent de découvrir ou de mieux connaître des adhérents du GONm que nous ne croisons pas souvent, comme Philippe Gachet et plusieurs autres pour moi. C’est une très bonne idée d'avoir initié cette galerie de portraits.
Je suis né en 1947, j’ai donc 75 ans et, ma foi, ce n’est pas une mauvaise surprise quand ça arrive.
Je suis content car j’étais à Chausey il y a 15 jours et j’y retourne la semaine prochaine ! Je pensais pouvoir relever ce défi physique jusqu’à 60 ans, puis je me suis fixé une nouvelle limite d'âge à 70 ans, et la chance de savoir encore assurer la performance aujourd'hui me fait repousser l'échéance, pourquoi pas, à 80 ans. Tant que j'aurai les moyens de crapahuter sur les rochers, je prendrai un immense plaisir à l'aventure.

Enfance et jeunesse :

Je suis un adhérent atypique, normand accidentel : mes beaux-parents ont acquis une maison à Kairon-Plage près de Granville vers 1980 car le coin leur plaisait, l’ayant découvert à la faveur de vacances en location. Je ne connaissais pas du tout la Normandie avant de me marier. J’ai épousé une fille du Nord que j’ai connue avant nos 15 ans. Nous habitions Saint-Quentin, dans l'Aisne, et nos parents respectifs avaient une maison de campagne dans un petit village de la Vallée de l’Oise où nous passions toutes nos vacances et tous nos week-ends. J’étais le dernier de 10 enfants, 4 filles et 6 garçons dont 2 (plus âgés) et moi étions très soudés avec une passion commune pour la Nature, l’ornithologie en particulier, que nous avons pratiquée très jeunes. Nous avons mal commencé en étant des dénicheurs d'une compétence remarquable pour recueillir un maximum de pontes complètes destinées à enrichir notre collection d’œufs (que j'ai encore), mais nos connaissances en identification étaient médiocres.

Un jour, dans une exposition, nous rencontrons un exposant avec une collection encore plus fournie que la nôtre et dont toutes les pontes étaient étiquetées. Il s’agissait de Serge Boutinot, éminent ornithologue, qui se trouvait habiter le même faubourg que nous à Saint-Quentin. On échange, il sait identifier toutes « nos » pontes, nous restons en contact. C’est lui qui nous a initiés à une pratique plus raisonnable de l'ornithologie. Chef du centre régional du CRMMO, il a rapidement souhaité nous recruter comme bagueurs. A l’époque, au tout début des années 60, il fallait avoir 16 ans et, seul l'aîné des trois frères les ayant, il devint donc bagueur assisté des deux autres qui obtinrent à leur tour leur carte de bagueur (on ne parlait pas alors de " permis de bagueur ") à leur seizième anniversaire. Le baguage se limitait à l'époque à la pose d'une bague métallique sans aucun relevé biométrique. Nous avons eu quand même plusieurs reprises en France et à l'étranger, mais jamais de contrôle. Nous baguions un millier d'oiseaux par an, essentiellement des jeunes au nid, mais aussi des adultes au filet, principalement des rousseroles effarvatte et des hirondelles.
Le long du canal de la Sambre à l'Oise qui traversait notre village il y avait des roselières qui confortaient les berges. Nous les visitions sur une dizaine de biefs d'environ 2 km chacun. Nous longions les cordons de phragmites, chacun un manche à balai à la main, et écartions les roseaux pour en prospecter toute l'épaisseur. Il arrivait que le troisième trouve un nid que les deux autres n’avaient pas vu. A chaque découverte on notait " un nid à 3 œufs, un nid à … etc " et on revenait pour baguer quand les jeunes avaient la taille voulue. Tous les ans, nous avons eu la chance de baguer plusieurs coucous (parasite de l’effarvatte), quelques rousserolles turdoïde, et, occasionnellement un blongios nain. L'avifaune de la vallée de l’Oise était encore très riche.

Pour ce qui est des hirondelles, nous visitions la dizaine de fermes de notre village et celles de quelques villages environnants et l’on baguait au nid et au filet. Une ferme pouvait abriter plus de 100 hirondelles.
Mais nous n'avions pas de programme, pas de protocole. Nous avons bagué aussi dans notre jardin où courait une rivière, des bouvreuils, des martins-pêcheurs, des loriots et je repense avec nostalgie à cette richesse ornithologique que je ne retrouve pas aujourd’hui : le long du canal on a remplacé les roseaux par un rideau de palplanches pour soutenir la berge ! De même, chez nous il n’y a plus d’élevage, plus de chevaux, plus de bovins, et dans les cours de ferme le goudron a remplacé le fumier. Les villages sont maintenant trop nettoyés et dans ma région de grandes cultures je n’ai pas d’exemple d’espèce d’oiseaux qui augmente.

Reprise de l’ornithologie, les stages :

Je devais avoir tout juste 15 ans quand j’ai acheté ma première paire de jumelles à Paris. Mais vint une grande période où j’ai fait très peu d’ornitho : mariage, vie professionnelle prenante (direction d’entreprise de travaux publics), enfants ; il m’a fallu attendre l'approche de la retraite que j’ai prise à 60 ans pour renouer avec l’ornithologie grâce à une annonce de sortie ornithologique au havre de la Vanlée. Enthousiaste, j’attends d’autres stages comme celui de Carentan avec Régis Purenne et Catherine Burban. Je suis un adhérent récent d’il y a une vingtaine d’années seulement. Je participe aux stages de printemps à l’Ascension à Chausey pendant 7 à 8 années puis je privilégie les stages de baguage en juin ou juillet pour l’huîtrier pie et le goéland marin avec Fabrice Gallien et Gilles Le Guillou. Je suis allé aussi aux stages du Pays de Caux, dans le Pays d’Auge, à Saint-Marcouf, et j’ai suivi la formation ornitho organisée par Gérard Debout à Tatihou. Je participe activement au stage de la Saint-Michel des oiseaux migrateurs. Nous hébergeons un certain nombre de participants, les habitués de Chausey, dans notre maison familiale de Kairon ou chez Maryse Fuchs où s'organisent de bonnes soirées avec ceux qu’on appelle « la bande à Maryse ». Pour le 50° anniversaire du GONm on prévoit de faire une fête exceptionnelle.

La photographie :

Dès ma rencontre avec Serge Boutinot qui était un très bon photographe, il m’a initié à la photographie mais j’ai arrêté assez vite et n’ai repris que lors de mon propre renouveau ornithologique. Je cherche à faire de bonnes photos (sous l'aspect ornitho et aussi sous l'aspect artistique) mais c’est aujourd'hui un prétexte pour assouvir ma passion pour les oiseaux. Dans l’Aisne, j’ai, à 15 – 20 km de chez moi, deux marais privés et chassés où j’ai un accès privilégié avec l ‘autorisation de mettre un affût en vasière, quelle chance. En juin, j’ai trouvé un nid de foulque avec cinq œufs dans un de mes affûts : plus encore qu'observer, je cherche au marais à vivre avec les oiseaux , je deviens contemplatif. L’ornithologie est pour moi un dérivatif heureux à la violence du monde, j’y puise une respiration intime contre les travers du monde moderne. L'affût en particulier permet cette communion avec la nature, cette connexion avec le vivant qui tient de la démarche philosophique dont Sylvain Tesson fait si bien l'éloge dans " La panthère des neiges ". J’ai de bonnes relations avec les chasseurs qui aiment la nature, on partage des points communs et leur parler peut faire évoluer les mentalités. Je leur ai montré mes photos, leur en ai donné, cela leur a ouvert les yeux sur leur avifaune. Ils chassent surtout les canards et ne tirent pas les limicoles, j’ai une petite influence comme Alain Chartier dans les marais ou comme Gérard avec les pêcheurs de Chausey. J’ai fait beaucoup de photos de limicoles et j’avoue avoir une faiblesse pour le chevalier arlequin et le chevalier sylvain qui comptent parmi mes oiseaux préférés.

Je n’ai jamais vendu de photographie mais j’en ai donné pour rendre service et j’ai repris la gestion de la photothèque du GONm pendant 6 ou 7 ans. J’en ai formalisé l’accès facile en ligne mais j’ai été contraint de stopper assez brusquement car mon hébergeur a fermé du jour au lendemain. J’ai réalisé un petit agenda pour les membres du GONm avec mes photos. Je suis connu comme référent photo et suis encore sollicité pour insérer des photos dans des études du GONm. Jacques Rivière avait paru intéressé pour reprendre la photothèque mais il n’était pas encore en retraite et n’a pas mordu.
Mon gendre Lionel est lui aussi féru de photos et s'est passionné pour l'ornithologie, il est venu plusieurs fois à Chausey et il est revenu cette année pendant 3 jours avec sa fille de 10 ans qui s'est montrée enthousiaste pour le baguage.

Bienfaits du GONm :

J’y trouve mon compte pour l’ornithologie avec les stages, les sorties, les animations. Ce qui m’a plu c’est l’accueil sans différence des débutants ou des pros. J’y ai trouvé aussi de solides amitiés profondes aussi bien auprès de bénévoles que de salariés de l’association.
Aujourd’hui, je passe aussi du temps à la lecture de bagues à Chausey et à l’embouchure du Thar, cela me plaît bien et c’est Fabrice Gallien qui répercute les données aux bagueurs. J’ai participé avec lui à la pose de balises sur les huîtriers pies : 2 balises en 2021 et 7 en 2022. C’est intéressant pour l’étude des mouvements locaux et des échanges entre zones de nourrissage, nids et dortoirs. Par contre les programmes de baguage des cormorans huppés et des grands cormorans sont arrêtés.
Le GONm m’a permis de faire d’énormes progrès en ornitho, j’ai découvert les oiseaux marins et côtiers mais je suis et reste un amateur ; je n’ai pas une oreille très performante et ma vue commence à baisser un peu. Je m’autosuffis avec mes deux marais me permettant de poser mes affûts de photographe.

Quelques meilleurs souvenirs :

Vers mes 15 ans, j’étais presque bagueur, passionné d’oiseaux et aussi de pêche, entraîné par un 4ème frère qui lui était « pêche » à fond. Dans mon village il y avait encore des truites fario que l’on allait repérer sur nos parcours de pêche. Au printemps, les truites « mouchent » pour attraper les insectes en surface. On en avait repéré une qui mouchait toujours au même endroit ! elle était sous un nid de troglodyte ; les adultes venant nourrir au nid perdaient parfois un insecte ou une larve, vite et bien récupéré par la truite. On va voir en traversant la rivière et je ramène au bord, dans ma chaussure de pointure 37, 5 à 6 jeunes bien cachés au fond, que j’ai bagués.
Beaucoup plus tard avec Fabrice Gallien lors des débuts du baguage des jeunes huîtriers- pies, sur Grande Enseigne à Chausey, je n’avais pas encore beaucoup d’expérience : il fallait observer les adultes qui venaient nourrir leurs jeunes toujours au même endroit, le jeune sortait de sa cachette, mangeait et hop repartait et … avec un peu de chance on le retrouvait après quelquefois une demi-heure de recherche, mais quel bonheur ! On en retrouvait environ un sur trois.
L’ornithologie est une grande source de satisfaction. Sur ma maison j’ai un nichoir à crécerelle et hier j'entendais les cris des jeunes qui s’émancipent en volant au-dessus du jardin : là encore, que du bonheur.

Je ne réside pas en Normandie, donc je n’utilise pas Faune-Normandie. Mais j’observe rarement seul, aussi mes observations sont répercutées par d’autres. Je vais régulièrement sur le site du GONm, un peu moins sur le forum.
Le GONm évolue mais garde ses grands axes que je trouve les plus pertinents comme les grandes actions sur les réserves, sur la sauvegarde des milieux. Le GONm a des statuts qu’il faut respecter. Le GONm a une notoriété non négligeable, l’ambiance entre les adhérents est exceptionnelle et il faut que cela perdure. Évidemment, il faut tout faire pour augmenter le nombre de jeunes adhérents, ce qu’entreprend Didier Desvaux avec le début du GONm junior. Je suis un peu inquiet sur l’évolution, il me semble indispensable de conserver les acquis depuis 1986, quand se fera la succession des plus actifs.
Claire DEBOUT
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